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Comprendre la Corrida

LA LIDIA

STRATEGIE DU COMBAT
DANS LA CORRIDA MODERNE

TROISIEME TERCIO

LE CHOIX DES TERRAINS


Après avoir salué le président et offert la mort du toro à quelqu’un ou au public dans son ensemble, quand il s’avance muleta en main le matador sait que tout va se jouer dès les premiers muletazos. Où doit-il commencer sa faena ? Cela dépend ! Du toro, du vent et des circonstances ! En un mot, si pour les théoriciens du début du siècle le choix des terrains conditionnait obligatoirement tout le reste, on sait à présent que dans la conception continue du toreo contemporain leur influence se fait beaucoup moins sentir. Ce que Juan Belmonte avait d’ailleurs compris, qui se plaisait à dire avec humour : Si le torero domine le toro, tout le terrain est à lui... et inversement ! Lequel Belmonte ajoutait, lorsque ces mêmes théoriciens de tertulia le poussaient à préciser sa pensée, arguant du fait que lui-même bafouait les règles théoriques de partage des terrains dans l’arène que Joselito avait élevé au rang de science incontournable : Le toreo n’est pas une science de géomètres !

De façon générale, toujours pour bénéficier de l’appui supposé que va lui apporter la tendance naturelle du toro à peser vers le centre, le torero va débuter sa faena au fil des barrières, en tablas, et repousser peu à peu son adversaire vers le terrain du tercio, ou, s’il décèle en lui de grandes qualités de bravoure, jusqu’au centre, los medios. Plus l’énergie ou la bravoure du toro diminue, plus celui-ci aura tendance à revenir vers le terrain des barrières où il pressent qu’adossé à l’abri celles-ci il pourra mieux se défendre que s’il reste au centre du ruedo, zone dégagée où les attaques peuvent survenir de tous côtés. Le matador profitera alors de cette attirance naturelle pour lui donner éventuellement quelques passes supplémentaires avant de le mettre à mort, suerte réalisée le plus souvent entre les tablas et le tercio. Cette construction de faena qui part des tablas pour aller vers le centre et revenir au tablas en fin de parcours représente de nos jours quatre-vingt quinze pour cent des cas de figure. Dans le cas de toros particulièrement décastés ou mansos, l’attirance marquée vers les barrières sera plus forte et pourra se manifester dès la sortie du toro en piste en direction de la zone du toril. Le torero devra alors choisir entre deux tactiques : soit il tentera d’interdire au toro le retour vers sa querencia naturelle, soit il se servira au contraire de cette zone où le toro se sent en confiance pour l’inciter à se livrer. En un mot, soit il éloignera le toro de sa querencia pour le toréer, soit il le toréera à l’intérieur de celle-ci. Loin de tout a priori théorique, c’est toujours le toro, à travers son comportement, qui indique au matador le terrain le plus propice. Contrairement à l’idée répandue qui voudrait que le torero contrecarre systématiquement la volonté du toro de retourner en querencia au risque de “se faire balader”, le critère de son choix sera toujours conditionné par la qualité des charges du toro en fonction de l’endroit de l’arène où il se trouve. Si c’est en querencia que l’on peut lui donner des naturelles, il faut le toréer en querencia. Si à un moment donné le toro, dominé dans sa querencia, choisit de s’en éloigner, c’est à l’endroit où il fait à nouveau face qu’il faut le toréer. Suivre tout au long de la lidia les diverses variations du toro en fonction de son attirance pour les terrains successifs du ruedo et tenter d’anticiper sur ses réactions est donc un exercice passionnant pour l’aficionado et une condition de succés incontournable pour le torero.

Nous l’avons dit mais il est bon de le rappeler : le torero, aussi habile soit-il, n’invente pas chez un toro les qualités que celui-ci ne possède pas. Grâce à sa science de la lidia et à la perfection de son toreo, le bon torero se sert au maximum des qualités du toro et tire la quintessence des charges qu’il lui offre. Et s’il aide toujours un grand toro à se révéler en le toréant à l’endroit et de la manière qui lui convient le mieux pour qu’il s’exprime, il ne fera malheureusement jamais d’un toro manso un toro de qualité.
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