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LES BLESSURES SECRETES

Les cornadas prises au grand jour ne sont pas toujours les blessures les plus cruelles. Souvent, dans le quotidien des toreros, d'autres agressions, moins visibles mais plus dures, perturbent le cours de leur carrière.

Dire que le Cid traîne depuis de nombreuses semaines un spleen que n'expliquent ni ses triomphes sévillans, ni celui que lui fit Las Ventas, n'est pas une nouveauté. Tout se passe en fait comme si, depuis que son standing a changé dans l'esprit des gens, le Cid vivait en perpétuel décalage avec l'image que l'on a de lui : celle d'un torero valeureux qui s'est construit à la force du poignet et qui touche enfin les dividendes d'une vie entière consacrée au toro.

Ou devrait toucher... Car il n'est un secret pour personne non plus qu'entre l'image que l'on a des toreros et la réalité du statut que leur octroie le mundillo, le décalage est souvent grand. Faut-il voir dans cette triste réalité la cause du mauvais moment que traverse le Cid alors qu'il devrait rayonner ? Certains indices semblent permettre de le dire, de même que les rumeurs malignes selon lesquelles la rupture avec ses apoderados actuels serait pratiquement consommée.

Comme toujours en pareil cas - c'est à dire quand un torero modeste triomphe - les empresarios rechignent à le payer plus, préférant avec un certain cynisme lui montrer la partie des gradins restée vide pour justifier leur choix. Et comme toujours en pareil cas, ce sont les apoderados indépendants qui payent la facture et y laissent le plus souvent leur place, laquelle est immédiatement prise par le représentant d'une grande "casa", susceptible de faire miroiter aux yeux du torero un volume de contrat globalement plus tentant. On dit, par exemple, que Marca en personne - mais il ne l'aurait jamais fait sans consulter les Chopera - aurait fait récemment demander à Padilla s'il n'avait pas envie de changer d'air... On sait aussi que la casa Matilla fait les yeux doux au jeune Manzanares, à qui l'on sussurre que son apoderado actuel n'en a plus pour longtemps à Valence...

Autour du Cid, aucun bruit ne s'est encore fait entendre, mais sa mine renfrognée et ses doutes face au toro en disent long sur l'état d'esprit qui le porte : loin d'être seulement préoccupé par ses faenas, on sent le torero crispé par le cours de sa saison, comme pressé de sortir de l'impasse dans laquelle il donne la sensation de se sentir prisonnier, à tort ou à raison.

Faut-il voir dans cette situation l'explication à ses contre performances de plus en plus nombreuses, voire à la cornada qui vient probablement d'en terminer avec sa saison ? Peut-être. Il ne serait en tout cas pas le premier à avoir reçu du système une cornada plus forte que celles que l'on reçoit dans l'arène.

André Viard