FERIA DE NÎMES

MIURAS : NI UNA VUELTA

Chronique de Frédéric Pascal

Le vent tourbillonnant à considérablement perturbé cette miurada, qui est sortie atypique physiquement et moralement. Seul le cinquième a rappelé les caractéristiques de la devise et a développé un genio « made in Zahariche », encouragé qu’il fut en ce sens par les approximations dont le vaillant Rafaelillo est coutumier. Tous les autres se sont avérés maniables, faibles, sans transmission et plus ou moins rapidement arrêtés à la muleta. Padilla silence et salut. Rafaelillo, silence et salut. Juan Bautista, salut aux deux.
Le premier tenta plus de soulever le cheval qu’il ne le poussa. Traduit mécaniquement : il engagea les reins pour soulever, mais pas l’arrière train pour assurer la propulsion. A pied il reconduisit le même comportement en se défendant statiquement par devant dès après la première série. Padilla prit soin de montrer au public qu’il ne passait plus avant de le tuer d’une entière et d’un descabelo. Le bon mais faible quatrième resta passif sous le fer. Il se laissa tromper facilement à pied. Sa charge rectiligne manqua de profondeur à gauche mais à droite il permit à Padilla de belles séries. Il leur manqua cependant le lié qui cimente l’émotion. Entière portée à la rencontre. Salut. Il banderilla avec sa générosité coutumière, clouant classiquement face aux cornes du premier.
Le faible cardeno second poussa mollement et par à coups, mais dans une belle attitude. Il rechargea avec empressement et sortit épuisé de la bataille, avec sembla-t-il un handicap aux postérieurs. Il aborda la muleta inoffensif et tête basse mais ne passa jamais. Il se défendit sur place en dépit du courage affiché par Rafaelillo pour tenter de le faire charger. Pinchazo. Entière. Descabelo. Silence. Très miura par son physique et son moral, le cinquième se jeta pattes en avant et tête en l’air dans les capes. Il poussa en brave, mais cornes à hauteur de la selle pour annoncer le genio à venir. Il parut s’améliorer lors de la seconde rencontre, mais sans que cela corrige son défaut de sortir des suertes en dodelinant de la tête vers les cieux. Dans le style qui lui est propre, efficace mais heurté et inesthétique au possible, Rafaelillo joua sa peau. Il se retrouva plusieurs fois avec les cornes dans le gilet, mais insista vaillamment pour sortir trois passes propres d’un amas d’enganchones. Pinchazo. Entière. Salut.
L’avacado et courreur troisième manifesta dès sa sortie un vif intérêt pour la porte des toriles ou il chercha refuge. Il se laissa châtier passivement. Pour se mettre à l’abri (relatif) du vent Juan Bautista prit l’option de le combattre dans le terrain compromis de sa querencia. Son sens du temple lui permit de s’adapter intelligemment aux charges courtes de son adversaire, dont il valorisa chaque centimètre de mobilité. Toujours dans le berceau des cornes, il livra une faena à l’intensité croissante qui culmina lors de trois naturelles chargées de sentiments. Alors qu’on le sait grand tueur, il perdit l’oreille lors d’une mise à mort sans brio par 2 pinchazos sans lâcher, une entière et un descabello. Salut. Le dernier poussa avec style mais sans tempérament. Il confirma son manque de fond en reculant sous le second contact. Arrivé au troisième tiers, il fit l’avion dans les leurres. Juan Bautista, qui alla jusque au bout de la logique de son geste en le saluant d’un farol au fil des planches, canalisa au mieux sa charge loyale, mais fade et courte à droite. Pour cela il fut nécessaire de rester toujours à la merci des cornes pour le faire répéter sans lui laisser le loisir de relever la tête. Techniquement inventif, lorsque la charge se réduisit aussi à gauche, il relança le miura en intercalant des sorties à mi hauteur. Une entière portée comme à la parade laissa espérer un trophée mais trois descabello refroidirent l’ambiance. Salut. 10 000 personnes, majoritairement déçues.