CHRONIQUE LIBRE

LA LOGIQUE DES DEUX MONDES

Nous vivons dans deux mondes avec des logiques différentes.

Le nôtre c'est celui de la tradition, c'est à dire celui dans lequel nous avons grandi, comme l'enfant qui échappant à sa mère se précipite à quatre pattes avec une aiguille à tricoter et l'insère dans la prise ; il prend une décharge, comprend que ça fait mal et ses parent lui disent de ne plus recommmencer.

Il en va de même pour nous : comme il faut que les pylones EDF amènent l'électricité jusque dans nos foyers pour que la vie suive son cours au rytme de l'évolution des technologie, nous nous adaptons à ces nouveaux dangers et ne cherchons pas à les supprimer, ni à trouver un responsable.

Dans notre monde des Bious il en va de même également : comment pourraient vivre nos villages sans les taureaux qui sont l'électricité, le courant dont nous avons besoin pour vivre ?

Le bistroquet ne pourrait vivre sans la fêtes des bious, qui une fois passée anime les conversations et échauffe les esprits jusqu'à la prochaine fête, ou celle du village d'à coté.

Gardians et manadiers sont les pylones qui conduisent cette noire énergie pour faire vivre le coeur du pays, et il ne viendrait à l'idée d'aucun attrapaïre de faire un procès au gardian ou au manadier parce qu'il a voulu arrêter le courant, alors que depuis qu'il est né il sait qu'avec ou sans pastis un taureau poussé par les cavaliers ne respecte que rarement les cédez le passage.

Le maire, le comité des fête ou le club organisateur sont les techniciens chargés de vérifier que le parcours que cette puissante et noire énergie va traverser est étanche.

Ils peuvent permettre certaines incursion d'attrapaïres sur le parcours, mais celui-ci doit rester étanche pour le néophite, même si celui-ci peut justifier qu'une arrière-grand tante dont il ne se souvient plus du nom exact, a passé deux mois de vacances au Grau du Roi et connait bien ces traditions.

Il doit rester étanche à l'étourdi qui n'a entendu ni la sono, ni vu les barrières, et se fout du spectacle, mais veut seulement traverser la chaussée pour récupérer son auto de l'autre coté.

Mais il est une situation encore plus délicate à gérer, c'est celle de celui qui, né au pays, y a grandi, s'y est marié, a été attrapaïre, razeteur d'un jour, et qui, malgré ses 80 ans, continue d'aller à pied ou à cheval au pré pour le déjeuner, mais qui ne peut plus rester sur le parcours car lorsque le taureau arrive, ce n'est pas celui-là qu'il voit, mais celui qu'il avait attappé il y a 50 ans.

Lui ne fera jamais de reproche à l'éleveur, au gardian et moins encore au taureau qui le baroulera ou le projettera dans la poursuite éternelle de son rève d'une gloire éphémère.

Mais, et c'est là qu'intervient l'autre monde, celui du fils ou du petit-fils qui, volontairement ou non, a tourné le dos au pays et revient de la ville pour renouer avec une tradition qu'il ne connait plus et qu'il ne comprend plus.

Lorsque l'accrochage survient, c'est à son monde qu'il se raccroche : Samu, Pompier, Gendarmerie, et là où le seul et unique responsable du drame est la fe di biou, personne ne comprend plus.

Au XXIe siècle il ne peut y avoir de victime sans responsable et de responsable sans réparation.

La loi enveloppe de sa robe noire la tradition, jusqu'à faire blanchir le taureau qui, maintenant diaphane, projette dans le miroir du prétoire le visage du maire.

La loi prévoit pourtant que, là où l'usage est reconnu et non contraire à l'ordre public ou aux bonnes moeurs, il se substitue à la loi.

Et pourtant, ici il s'estompe, car la loi bat chaque jour davantage pavillon anglo saxon, car la violence et la souffrance de doivent exister qu'à la télévision, car le lait pousse dans une bouteille en plastique recyclable...

La loi réclame un coupable,

La tradition un hommage.

Peuple de Provence, naciou gardiano, même si nous devons passer par la petite porte de la justice, poursuivons la transmission et le maintien de nos traditions, en nous appropriant s'il le faut des moyens modernes et plus efficaces de protection du public, car c'est la grande porte de la Camargue que nous défendons.

Plus d'abrivado ou de bandido, signifierait plus de taureaux et donc plus de Camargue.

Emmanuel Durand








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