LE CURÉ PICADOR



On connaissait des curés ganaderos, plusieurs curés toreros, au moins un practico - mes hommages père Jacques - mais à ce jour aucun curé picador. C'est chose faite désormais : Alejandro est mexicain, curé, et pour couronner le tout, en poste au Vatican.

Le Mexique est certes le pays du surréalisme par excellence, mais Alejandro est tout sauf un farfelu, pas plus que ne l'étaient d'ailleurs le curé de Titulcia qui tous les ans combattait un novillo sur la place publique de son village puis faisait la quête pour financer ses bonnes oeuvres, le curé de Valverde qui cultivait la caste de ses Conde de la Corte salmantinos, voire Bernardo de Quiros, le curé de Rota, qui mélangea des toros de la Cartuja à ceux de Navarra pour créer l'encaste Gallardo, ou le chanoine Hidalgo Barquero...

Farfelu, le pape Borgia ne l'était pas davantage - il avait sans doute d'autres défauts - lequel organisa une corrida (au moins) sur la place Saint-Pierre de Rome pour le jubilé de 1500. Certains de ses successeurs qui commirent quelques bulles tauricides n'étaient pas farfelus non plus : loin de penser au bien-être animal dont ils n'avaient que faire, leur seul souci était de préserver le sang des chrétiens, bien plus utile lorsqu'il se répandait sur les champs de bataille au nom de la chrétienté que dans l'arène pour une bien hypothétique gloire.

Alejandro est toutefois un picador très intermittent dans la mesure où il n'exerce son art au campo qu'à l'occasion de ses retours au pays, l'actuel Pape n'ayant pas prévu d'organiser de temporada au Vatican come l'avait fait son lointain prédécesseur castillan.

André Viard