SONDAGITER



Les derniers sondages parus nous apprennent que plus du tiers des français souhaitent abandonner l'euro et que 14% d'entre eux sont disposés à voter pour le Front National au premier tour de la présidentielle.

Entre les deux infos aucun trait d'union, mais une évidence : la France, comme la plupart des nations, ne semble plus capable de rêver son avenir à long terme, et se laisse bercer par de douces illusions, cédant à ses colères du moment, à ses inquiétudes ou aux relents de haines communautaires.

Dans ce contexte délétère nulle communauté n'est épargnée et les populistes de tous poils ont beau jeu de surfer sur des tendances en apparence consensuelles, même si leur effet ne dure qu'un instant. Il suffit pour cela de garder l'oeil sur la courbe des divers sondages pour s'en convaincre, ce qui explique que dans les démocraties majeures dont le niveau de conscience est suffisant, les gouvernants, et plus encore quand ils sont concernés directement, évitent de céder à ces pulsions parfois morbides qui n'ont pour autre objet que de nier l'altérité.

Si ce n'était pas le cas, comment, par exemple, Zapatero aurait-il pu continuer à croire en son destin en juillet dernier, quand, selon El Pais que l'on ne peut soupçonner de dérive droitière, 86% des espagnols déclaraient ne pas lui faire confiance ?

Constater par ailleurs qu'après la chute de quelques idéologies fondatrices, même l'Église, élément structurant s'il en fut de l'Occident moderne, n'est pas épargnée par la courbe des sondages, et que sa "part de marché" diminue régulièrement au sein de la population, doit inciter chacun à faire preuve de mesure et de prudence. Le temps des utopies durablement fédératrices est terminé. Seul nous est offert désormais celui des opportunismes passagers, des plans medias à but lucratif ou des passions compensatrices grâce auxquelles il est encore permis de trouver un sens à l'existence, à condition d'être capables de résister au nivellement universel qui est en marche et dont la seule question qui permette d'en mesurer l'avancée est paradoxalement la seule que l'on ne pose jamais dans les sondages : êtes-vous prêt, pour préserver votre liberté, à accepter celle de l'autre ?

Comme me l'écrivait hier un fidèle abonné dont les analyses sont toujours pertinentes, "on peut mesurer l'intelligence d'un individu à la quantité d'incertitudes qu'il peut supporter" (Kant).

André Viard