LE GOÛT DE LA VERITE


Si l’ensemble de notre société était à l’image du public des arènes, nul doute que les rapports humains en seraient profondément modifiés au regard du système de valeurs qui préside au comportement du premier.

Ce qui constitue une constante d’un pays taurin à l’autre, d’un continent à l’autre, et permet d'affirmer que les valeurs que véhicule la tauromachie produisent des normes de comportement tout à la fois morales, éthiques et esthétiques qui interdisent par exemple au public des arènes le type de comportement que l’on doit parfois déplorer au niveau de celui des stades notamment.

La raison en est simple : le spectacle tauromachique est un vecteur de sens qui au lieu d’opposer des factions rivales dans une surenchère de passions menant parfois au conflit, tend à unir son public dans une communion parfaite lorsque l’idéal que partagent chacun de ceux qui le composent leur paraît être atteint.

Un idéal complexe qui, chez les aficionados passionnés et bien sûr chez les toreros, débouche souvent sur une véritable éthique de vie en ce sens que les valeurs que l’on recherche dans l’arène, soit pour les partager, soit pour les exprimer, deviennent indissociable de l’existence même. On est torero, et aficionado, dans l’arène et dans la vie.

En ce sens, le public des arènes possède souvent cette élégance qu’il vient chercher chez les toreros, cette dignité face à la mort qui devient un idéal de vie exemplaire dans une société où la première est de plus en plus occultée et où l’emprise grandissante du virtuel induit le risque d’une abstraction du réel.

On peut donc prétendre sans risque qu’il existe un style de vie propre à tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la tauromachie, au nombre desquelles, sans que la liste soit limitative, on peut citer : la notion de tradition si décriée lorsqu’on évoque celle des régions taurines, la solidarité face au danger, le dépassement de soi, l’entraide, la persévérance, la loyauté, le respect des règles, le sens des responsabilités, de l’équité et du partage…

Mais aussi le goût de la vérité, à l'opposé de celui du mensonge et de la caricature véhiculés le plus souvent aujourd'hui.

 

André Viard