L'ETERNEL DEBAT



Qu'il s'agisse du pseudo appel d'offre montois ou des déclarations tapageuses de la ministre de l'environnement espagnole sur l'abolition des corridas, le fond du problème n'a d'autre origine que l'incurable propension des politiques à abuser de la crédibilité de leur électorat.

Jamais deux sans trois auront sans doute pensé les responsables montois en tendant aux professionnels français et à quelques autres un piège en forme d'alléchante souricière dans lequel ils les invitaient à se précipiter afin de légitimer ce qui n'était en fait qu'un réajustement interne consécutif à l'éviction peu élégante de Christian Cazade.

Malheureusement pour eux les professionnels français ont de la mémoire et possèdent sur leur marché une vision globale qui ne se réduit pas au seul ruedo du Plumaçon. Ceci explique leur refus de participer à une pantomine qui n'avait d'autre objet que de faire taire les peñas locales en leur donnant l'impression de participer à la création de l'évènement et de déguiser en consultation démocratique l'attribution quasi théocratique des arènes à la casa Chopera.

Sur le premier point la manoeuvre semble avoir atteint l'objectif fixé puisqu'avec une belle unanimité les peñas ont studieusement planché sur un projet tronqué dans la mesure où la vraie question était déjà tranchée. Sur le second point en revanche, comme on dit en Espagne, "el tiro le ha salido por la culata" aux promoteurs de la géniale idée, dans la mesure où l'absence de tout concurrent autre que la casa Chopera met en évidence l'opacité - pour ne pas dire plus - de leur procédure.

Et le communiqué du comité des fêtes montois, regrettant la décision des professionnels français mais occultant celle de leurs confrères espagnols, loin d'apporter une explication satisfaisante sur la procédure suivie ne fait que renforcer la désagréable impression qu'une fois de plus les tireurs de ficelles nous prennent pour des imbéciles.

Car qui peut croire, même s'il pêcha sans doute en matière de communication et de concertation, que Christian Cazade soit le seul responsable de l'enlisement des arènes montoises en troisième division ? Au-delà de lui, c'est la faillite de tout un système qui aurait dû être constatée en admettant que personne à Mont de Marsan n'a été en mesure de donner à l'option bénévole choisie les moyens d'imposer au prestataire héréditaire les choix dictés par l'intérêt de l'aficion.

Mais malheureusement la politique du bouc-émissaire a encore de beaux jours devant elle comme le démontre l'étonnante facilité avec laquelle le comité des fêtes a obtenu des peñas récalcitrantes qu'elles rentrent dans le rang et cautionnent sa manoeuvre en échange de quelques friandises, alors que les "Chopera fuera !" de l'aficion résonnent encore dans le ruedo du Plumaçon.

André Viard