MOCHILA A HOMBRO



Du haut de l'altiplano méxicain, en visitant la plus vieille ganaderia du monde - Atenco 1552 - l'écho des péripéties hivernales du monde taurin, de ses transferts millionnaires et de ses appels d'offres plus ou moins transparents, sonne comme la musique obscène d'un monde trop riche face au dénuement de ceux qui ici n'ont rien.

Une haute vallée, quelques volcans endormis, des terres riches où le maïs foisonne, des haciendas fragmentées en vertu de la loi de répartition des terres, et au milieu un corps de bâtiment qui fut majestueux, autrefois centre d'une propriété agricole qui faisait vivre plus de cinq cents familles et aujourd'hui coupé en deux par une route étroite, entouré de constructions anarchiques et de colonies sauvages. Des immenses étendues de l'hacienda fondée par un neveu d'Hernan Cortes ne restent que 98 hectares et des plus de trois mille têtes que comptait le troupeau de braves autrefois, quatre-vingt mères et une dizaine de toros, toujours marqués du fer d'origine.

Pour Internet, il faudra revenir plus tard. Ce qui explique l'absence d'actualisation depuis plusieurs jours, mais permet aussi une introspection féconde que n'autorise pas toujours le feu roulant de l'actualité. De Mexico à Apizaco, d'Apizaco à Queretaro, de Queretaro à Tlaxcala, de Tlaxcala à Toluca, de Toluca à Merida et au Yucatan, les terres taurines sont pleines de surprises, d'aventures humaines riches mais aussi de désenchantement. Que peut la passion des hommes contre le cours de l'histoire lorsque la dignité est jetée en pâture à la globalisation ?

Mochila al hombro, c'est à dire sac (à photos) au dos, cette réalité à la fois belle, poignante et parfois inacceptable du monde taurin méxicain, possède une charge poétique aussi forte que les pulsions meurtrières qui poussèrent jadis ici le peuple à la révolte. Révolution vaine, serait-on tenté d'écrire. Tout comme est sans doute vain l'espoir d'aider ceux qui continuent d'y croire en racontant leur histoire. Dans un Mexique taurin empétré dans un processus de dégénérescence où faute de valeurs essentielles la tauromachie est en perte de sens, quelques hommes continuent à se battre pour la grandeur de la Fiesta. L'opus 11 portera témoignage.

André Viard