LE MARASME MEXICAIN


La rupture du convenio hispano-mexicain par un des syndicats de matadors espagnols n'est malheureusement qu'une péripétie de plus dans un pays où la tauromachie subit depuis de nombreuses années une crise grave.

Pour ceux qui focaliseraient sur ce qui n'est en fait qu'une des énièmes péripéties de la longue agonie d'une aficion autrefois flamboyante mais aujourd'hui prise en otage par divers secteurs professionnels, il convient de rappeler les faits : pour avoir contrevenu au convenio hispano-méxicain selon lequel au moins autant de toreros nationaux que d'espagnols doivent faire le paseo
lors d'une corrida organisée au Mexique (étant entendu, ce que les intéressés contestent, que les rejoneadors ne comptent pas), l'empresa de la Monumental est une fois de plus montrée du doigt.

Cette fois-ci, c'est le syndicat de toreros qui la met en cause, n'étant pas tout à fait blanc dans l'affaire cependant, dans la mesure où il peut paraître curieux que les matadors méxicains décident d'exclure leurs compañeros rejoneadors du quota défini alors qu'ils en firent toujours partie. Cette décision n'est évidemment pas innocente et a pour objet de contrarier les projets de l'empresa qui avait pris l'habitude, pour respecter le convenio, d'engager un matador et un rejoneador méxicains aux côtés de deux matadors espagnols (ou assimilés), économisant ainsi un toro dans la mesure où le rejoneador ne combattait qu'une seul adversaire.

Au risque de rompre le fragile équilibre de la Temporada Grande, les toreros méxicains ont donc décidé, après que de nombreux contrats aient été signés, qu'il ne pouvait plus en aller ainsi, menaçant d'exclusion pour cinq ans les toreros, méxicains ou espagnols, qui contreviendraient à sa position.

En vertu de quoi, Finito, le Fandi et Humberto Flores se retrouvent aujourd'hui au ban des accusés, tandis qu'Antonio Barrera, engagé dans un cartel de même type, a été menacé, selon lui, de se faire casser les deux bras s'il persistait dans son intention de toréer.

Cette dernière péripétie a motivé de la part d'un des syndicats espagnols de toreros la rupture unilatérale du convenio, ce qui a pour effet de rendre impossible la participation théorique de tout torero méxicain pour la prochaine temporada espagnole ainsi que la participation de tout torero espagnol, ou assimilé, à la temporada méxicaine.

Mais il y a un "mais". En effet, la seconde association professionnelle espagnole, "Protauni", depuis toujours pilotée par les empresas et présidée d'ailleurs par Luis Alvarez, s'insurge contre la rupture décidée par le syndicat concurrent et dénonce l'absence de concertation dont elle a été victime, précisant que Ponce par exemple, qui au passage est membre des deux associations, n'a jamais entériné une décision qui le priverait d'aller comme chaque année participer à la temporada méxicaine. De même que Castella ou Juan Bautista.

Au jourd 'aujourd'hui on en est là et même s'il semble probable que les fils seront renoués bientôt, on ne peut que déplorer l'impression de marasme qui ressort d'un conflit dont la principale raison est la profonde aversion que le syndicat des toreros méxicains, piloté dit-on par d'autres intervenants, éprouve à l'encontre de Rafaël Herrerias, empresario omnipotent de la Monumental.

Un fait résume assez bien la situation : pour la traditionnelle corrida de Noël, dans les gradins de la Monumental, les aficionados aztèques étaient à peine un millier, preuve si besoin était que le secteur taurin, espagnol et méxicain, aurait tout intérêt à se pencher sur les raisons de la crise profonde que traverse l'aficion, plutôt que de contribuer à l'agraver en continuant des jeux de pouvoir qui dépeuplent les arènes.

André Viard