L'ANIMAL SENSIBLE




Une vingtaine d'intellectuels que l'on suppose en mal d'exposition médiatique, a publié la semaine dernière, à la demande de la Fondation "30 millions d'amis", un manifeste dont le but est de relancer le débat sur le thème de "l'animal sensible".

Ce manifeste, qui reprend les thèses développées en 2005 dans un rapport par madame Antoine, juge et vice présidente d'une association animaliste, propose une approche emphatique un des rapports humains-animal, qui, selon ses signataires, devraient être réglés par un bouleversement du Code Civil, au travers de la création, entre les deux catégories des "personnes" et des "biens", d'une troisième, celle de "l'animal sensible".

La grande idée de ce nouveau statut revendiqué pour les animaux, est qu'en vertu de cette reconnaissance l'animal ne pourrait plus être traité de manière contraire à sa nature profonde. Et la question qui ne manquerait pas de se poser au travers de la multitude de procédures que provoquerait l'adoption d'un pareil texte, est celle de savoir si le cheval doit être réduit à l'état de monture, le bovin à celui de machine à produire de la viande, si le canard et l'oie doivent être cirrhosés au maïs pour que leur foie devienne gras, et si le sens de l'existence de l'alouette, de la palombe, du sanglier, du chevreuil, du lièvre, du faisan et autres, devrait continuer à être des cibles pour la chasse... Bien sûr, au regard de cette loi, le toro ne pourrait plus être utilisé en corrida, pas plus d'ailleurs que sa femelle en course landaise ou son cousin camarguais en course libre.

De manière plus générale, et plus sérieusement, pas une activité basée sur l'utilisation de l'animal ne deviendrait possible, ce qui aboutirait à la ruine de nombreuses filières commerciales et industrielles dans le secteur de l'alimentation, de l'habillement, de l'industrie pharmaceutique, etc...

Directement inspiré par le véganisme idéologique dont le but est à long terme de proscrire toute utilisation des animaux dans quelque activité que ce soit, - arrêter de consommer de la viande (végétarisme), arrêter de consommer des produits d'origine animale (végétalisme), refuser les spectacles animaliers… - ce projet de loi initialement déposé en 2005 et ré activé cette année, présente donc un danger évident, raison pour laquelle il a été très sévèrement critiqué (lire sur le site de l'Observatoire).

Du point de vue philosophique, il est tout aussi dangereux pour une société de réifier la personne que de personnaliser l'animal. Le Code Civil, en distinguant les "personnes" et les "biens", évite ce travers en affirmant l'opposition entre les "sujets" du droit, et les "objets" du droit, catégorie, cette dernière, dans laquelle sont évidemment classés le animaux. Créer une catégorie intermédiaire équivaudrait à détruire un des fondements du droit français : s'il n'était plus rangé dans la catégorie des biens susceptible de faire l'objet d'une appropriation, faudrait-il considérer l'animal sensible comme une quasi personne pour laquelle on ne manquerait pas de revendiquer des droits de plus en plus étendus, à l'image de ce qui s'est fait en Suisse, où une proposition de loi, heureusement rejetée, prétendait pouvoir faire nommer des avocats d'office pour défendre les animaux victimes de mauvais traitements ?

Du point de vue juridique, la notion d'animal sensible a été mise en pièce par de nombreuses publications émanant de spécialistes du droit, lesquels contestent l'analyse du texte dont il est question, en ce sens que, loin de ne considérer les animaux que comme "des choses sur lesquelles l'homme peut exercer un droit absolu", le droit prévoit de nombreuses mesures de protection, tant dans le Code Pénal que le Code Rural.

Des arguments que ne sont pas disposés à entendre les lobbyistes habituels de la cause animale, dont les associations de protection sont la vitrine honorable et les délinquants anti taurins, chasse, gavage... le bras armé. Ils devraient toutefois mieux y réfléchir, car si l'on veut pousser le problème jusque dans ses conséquences les plus absurdes, au regard de cette loi qu'ils revendiquent le chien ne pourrait plus avoir comme destin d'être traité en animal de compagnie, ce qui vaudrait aussi pour le chat, le canaris et le poisson rouge, dont la nature profonde n'est pas d'être tenus en laisse ou en cage, mais de vivre de manière sauvage et en liberté.

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André Viard