MOROSITE OU ACTION ?



Sans doute l'été indien y est-il pour beaucoup en faisant regretter aux aficionados que la douceur de novembre ne s'accompagne pas de corridas, mais force est de constater que l'humeur générale est à la morosité.

Et sur les blogs, forums, chroniques et palmares publiés ces derniers temps, tout y passe : toros afeités et ne supportant plus les piques, places trop chères, "mafia" monopolisant les affaires et le débat, médias complaisants, ras-le-bol généralisé devant les ficelles un peu trop grosses utilisées par les élus pour ficeler leurs appels d'offre... En résumé, pour les aficionados qui s'expriment, rien ne va.

Et une fois de plus une évidence : il est plus facile de critiquer que de créer, même si à son tour le critique passe au crible d'un lectorat de moins en moins désireux de s'en laisser compter. Mais malheureusement, ce lectorat turbulent ne sublime pas sa colère pour, par exemple, dresser des barricades, rédiger une nouvelle Déclaration des Droits de l'Aficion, revendiquer le droit que lui confère le fait d'être, en payant sa place, le véritable moteur du spectacle, ou même plus simplement celui d'être consulté en tant que client sur les orientations qu'il faut donner au produit qu'on lui propose. Au premier coup de sifflet, regardez à Mont de Marsan, il se précipite pour cautionner à l'insu de son plein gré les pratiques qu'il condamne.

Tout se passe donc comme si, une fois pour toutes, ce lectorat mécontent et qui a des raisons de l'être, se satisfaisait de la liberté de s'exprimer offerte par la toile et renonçait à toute autre forme d'action. Gueuler pour le principe et souvent avec humour mais ne rien faire pour que les choses changent, tel semble être le credo de ceux qui, refusant pêle-mêle l'expertise des professionnels, des associations ou de la presse, ne trouvent d'exutoire que dans l'évocation d'une lidia supposée idéale sans se rendre compte que, les temps ayant changé, celle-ci a forcément évolué pour coller aux modes. En faire le constat n'équivaut pas l'accepter mais peut aider, entre revendication utopique et renoncement, à imaginer un avenir moins incertain que celui promis par un mundillo trop heureux de ne trouver face à lui qu'un public de masse sans opinion et qu'une infime minorité de contestaires que l'excès même de ses critiques condamne à la marginalité.

Pendant ce temps les anti travaillent. Et pour un ou deux amuseurs publics chargés de battre les estrades, quelques dizaines de petites mains, pas plus, s'activent sur la toile au point de donner l'impression qu'ils sont des milliers. Pendant que nous dissertons sur tel ou tel "scandale" de la temporada, eux envoient des mails par milliers : aux médias, aux politiques, au médiateur, aux candidats à la Présidence de la République, au Pape, même !

J'invite donc chacun à réfléchir au sens qu'il convient de donner à notre passion commune. Sommes-nous seulement capables de râler indéfiniment contre tout ce qui ne nous plaît pas au-dedans, voire à flinguer les initiatives prises par d'autres ? Ou sommes-nous capables aussi, au-delà des déceptions et des divergences, d'oeuvrer chacun à notre place au service de notre cause en nous engageant, ce qui est un minimum, dans les actions en ligne qui pourraient s'avérer être indispensables à la défense de la culture taurine ?

Le test est facile à mettre en place : la Fédération des Sociétés Taurines a entrepris une action auprès de France Télévision. Plus nous serons nombreux à nous engager à ses côtés, mieux notre message sera entendu. Chaque jour, vous êtes des milliers à lire ses lignes et en répondant à la demande de la Fédération sur http://torofstf.com vous avez le pouvoir de montrer à quel point notre culture est riche. Ne pas le faire équivaudrait à renoncer sans combattre face aux accusations portées contre nous. Et pour le coup, toute critique deviendrait superflue.

André Viard