FREJUS ACCUEILLE "SON" TORERO



En se montrant parfois trop élitiste, le monde taurin dissuade souvent les vocations les moins solides. Mais il en est d'autres que les revers ne découragent pas. Camille Juan est de ceux-là, comme en témoigne le changement radical qu'il vient de donner à sa vie, et peut-être à sa carrière.

De tous les toreros français contemporains, Camille Juan est sans doute celui qui a dû surmonter le plus d'embûches pour se frayer un chemin dans un milieu ô combien difficile qui semble s'ingénier à décourager les plus tenaces des siens. Ce qui présente l'avantage d'éviter aux moins mordus de perdre trop de temps, mais aussi de mettre en évidence les volontés les mieux trempées.

Celle de Camille Juan n'est plus à démontrer, lui qui, lors de son époque de novillero sans chevaux, reçut deux cornadas gravissimes et quelques autres blessures qui ne le furent pas moins, lesquelles ont pour nom abandon, indifférence, défaut d'attention, voire injustice. D'autres que lui se seraient depuis longtemps victimisés pour beaucoup moins, et remacheraient leur amertume.

Mais Camille est un battant. Un de ces types que rien ne semble devoir faire renoncer sur le chemin des étoiles qu'il a pris pour cible. Un rêveur, peut-être, mais pragmatique aussi. Depuis des années il combine passion taurine et boulot, assumant seul son infortune. "En mi ruina, mando yo !" dit le proverbe... Façon de dire que même dans la dèche, on peut rester maître de son destin. Et surtout digne.

Alors, convaincu du fait que Nîmes, sa cité natale, était devenue trop petite pour lui, Camille a décidé de s'expatrier vers d'autres terres taurines, orphelines elles aussi, et d'ancrer son aventure à Fréjus où la culture taurine survit dans une région parfois hostile grâce à une cohorte de passionnés, devenant ainsi
le premier torero fréjusien en plus de cent ans d’histoire.

Lors d’une soirée organisée par le Club Taurin "La Lidia" le 21 octobre dernier, jour des 24 ans de Camille, ce dernier a donc officialisé sa décision ainsi que son désir de défendre de son mieux une ville taurine malmenée. L'aficion locale a compris le message et plusieurs évènements sont d’ores et déjà prévus autour du désormais torero de Fréjus. Et en
attendant de faire le paseo dans les arènes de sa nouvelle ville, Camille s’y entraîne chaque jour de salon.

André Viard