BATEAU IVRE


La temporada s'achève par un fracaso monumental : celui d'une arène de première catégorie qui coule par la faute d'une situation rocambolesque dont on ne sait plus trop à qui il faut imputer la responsabilité.

Pour qui a connu les grandes heures du Pilar de Zaragoza, voir la situation de l'arène aujourd'hui provoque une immense tristesse, en pensant à cette aficion chaleureuse martyrisée et prise en otage entre une empresa cynique et des politiques irresponsables.

Dernier épisode en date, le rejet du lot entier de Ana Romero qui devait être lidié aujourd'hui, et qui semble présenter toutes les caractéristiques nécessaires pour une arène de première catégorie, n'est que le dernier épisode d'un conflit qui oppose le propriétaire de l'arène - la Diputacion - à son locataire, l'empresa Serolo.

Le premier demande en justice au second le paiement des arriérés et fait tout pour l'expulser, le second reproche au premier d'avoir imposé un cahier des charges intenables, mais dans ce cas pourquoi s'est-il présenté ?

Pour l'instant les procédures sont en attente, et l'on peut se demander si l'incroyable imbroglio vécu hier dans les corrales n'est pas le fruit d'une lamentable préméditation. Qu'on en juge : selon le ganadero, la corrida fut embarquée le jeudi 10 à 18 heures et est arrivée à Zaragoza le lendemain 11 octobre à 11 heures. Soit 17 heures de camion. Au lieu de débarquer immédiatement les toros, l'autorité à envoyer le camion hors de Zaragoza en lui disant de revenir débarquer après la corrida de l'après-midi.

Les toros pénétrèrent enfin dans les corrales à 22 heures, soit onze après leur arrivée à Zaragoza et vingt-huit après l'embarquement. Comment expliquer le comportement de l'autorité ? Comment ne pas y voir une part de malveillance dans la mesure où ce que l'on peut assimiler à une maltraitance envers les toros ne pouvait que porter préjudice au ganadero d'abord, puis à l'empresa, et bien sûr au public qui en a été privé, puisqu'à peine descendus du camion, les toros furent refusés... pour manque de trapio, alors que tous ont pesé le poids minimum requis, bien qu'on puisse estimer que tous avaient perdu quarante à cinquante kilos en raison du traitement qui leur fut infligé.

Cet hiver, la Commission permanente du secteur taurin devrait se réunir, et on ne sait trop ce qui peut en sortir, tant les intérêts antagonistes vont s'y manifester : les figuras, poussés par le Juli, veulent faire hémerger un monde sans empresas, ou avec seulement des empresas qu'elles peuvent contrôler (Casas est leur meilleur atout), tandis que les grandes empresas tentent de s'unir pour leur faire barrage. Entre les deux les ganaderos attendent de savoir qui l'emportera pour savoir à quelle sauce ils seront mangés. Face au monde taurin divisé l'administration attend, tel un vieux matou jouant avec une souricette...

Et pendant ce temps les aficionados se lassent, ou désertent les arènes dans l'attente de jours meilleurs, si tant est qu'il y en ait en perspective.

Nouveau cas d'intimidation signalés dans des dépôts de presse. Le message est clair : Terres Taurines doit disparaître des présentoirs. En devenant abonné (voir l’offre d’abonnement mensualisé et la faire circuler), chaque lecteur prend en main l'avenir de Terres Taurines. Et de témoin de l’histoire, il en devient acteur à nos côtés (voir édito).

André Viard