DON PEDRO




Personnage atypique dans le petit monde de la presse taurine française, Pierre Arnouilh est décédé hier matin chez lui, à Messanges, d'une crise cardiaque. Il y sera inhumé vendredi.

Pour ceux qui ne l'ont connu que de manière superficielle, "don Pedro" avait un petit côté agaçant qui s'expliquait par la force de son afición, à laquelle il avait été capable de sacrifier une belle carrière professionnelle. Quant aux "pontifes" auto proclamés de l'aficion française ils ne lui pardonnaient pas d'être plus crédibles qu'eux, dans la mesure où il vivait au quotidien prés du monde des toros dont eux-mêmes ne se rapprochaient qu'au travers des tertulias.

Installé à Madrid pendant prés de quarante ans, Pierre Arnouilh fut pour les premiers toreros français une tête de pont indispensable, et pour quelques organisateurs amateurs un intermédiaire avisé. C'est avec son aide, par exemple, que le Cercle Taurin Tyrossais organisa ses premières novilladas nocturnes, en plan torista évidemment.

Au niveau de la presse taurine, il fut également un des premiers de sa génération à rompre avec le discours moralisateur de l'unique revue française, et à soutenir le mouvement émergent des toreros nationaux. Reconnu en Espagne pour sa compétence et son afición, il participa à diverses reprises à des retransmissions de corridas sur la chaîne nationale, avant de faire partie de l'équipe de Canal Plus France, quand la chaîne à péage n'avait pas encore peur de diffuser des corridas.

Auteur de divers ouvrages, dont une anthologie des meilleures faenas avec Ignacio de Cossío aux éditions Espasa Calpe, il était, aux yeux de l'afición madrilène, l'image de son homologue française. Revenu en France, il intégra l'équipe taurine de Radio France Landes, où, pendant presque vingt ans, il participa à l'émission Callejon et retransmit de nombreuses ferias.

De manière plus personnelle, je me souviens qu'à l'époque où il était théoriquement impossible pour un jeune aquitain de se lancer dans l'aventure taurine, Pierre fut le premier à mettre une vraie cape entre mes mains. Je me souviens aussi qu'au lendemain de ma présentation madrilène, il se présenta à mon hôtel avec le dossier de presse complet sous le bras. Je me souviens enfin qu'après qu'il eut avancé mon nom pour intégrer l'équipe qu'il y constituait avec Jean-François Pécastaing, pendant quatorze ans nous avons animé ensemble l'émission hebdomadaire Callejon sur ce qui est devenu par la suite France Bleue Gascogne, et commenté de nombreuses ferias.

En août dernier il fut victime d'un léger malaise dans le callejon dacquois, où en septembre il jugea plus raisonnable de ne pas revenir commenter les corridas. J'ai toujours su que quand ce dernier lien avec le monde qu'il aimait serait rompu, Pierre s'envolerait au pays de ses rêves. C'est aujourd'hui chose faite et son humour discret me manque déjà.

André Viard