PIQUE RÉTRACTABLE


La présentation d'un prototype de pique rétractable supposée moins meurtrière et donc mieux apte à favoriser le premier tercio en "l'humanisant", apporte au moins la preuve que malgré la crise l'imagination des taurinos n'est pas en panne.

Curro Rivero, picador de toros et inventeur de la dite pique, explique ainsi son fonctionnement : une fois qu'elle a pénétré, la pyramide coupante se rétracte afin de limiter la portée des blessures. Les zanimalistes s'en réjouiront sans doute, mais l'inventeur précise immédiatement que cela n'empêchera pas de piquer le toro comme celui-ci le nécessite.

Preuves et témoignages à l'appui, Curro Rivero assure que son invention est prometteuse, et qu'après avoir été expérimentée sur dix toros "les sensations sont bonnes". Sinon pour le toro, au moins pour ceux qui se mettent devant, surtout dans le cas où les premiers se sont révélés nobles. Mais les autres ?

Car si le problème de l'instrument est digne d'intérêt, le vrai facteur d'innovation qu'il convient d'apporter au tercio de piques concerne surtout la manière dont il convient de l'utiliser. Dans l'opus 16 de Tierras Taurinas - de même que je l'avais fait dans un opus français - j'ai apporté ma modeste contribution sur le sujet, en proposant quatre règles qui sont actuellement au centre du débat en ligne :

La première concerne le cheval qu'il convient d'alléger encore : moins de 600 kg, ainsi qu'il est prévu dans le règlement andalou, même si la mesure est rarement appliquée. Mesure à laquelle il convient d'ajouter un détail important : seul l'oeil droit du cheval devra être masqué, non plus par un bandeau opaque, mais par une oeillère lui permettant de s'orienter.

La seconde concerne la pique elle-même, et à moins que la rétractable ne se révèle être révolutionnaire, c'est la française, moins meurtrière et tout aussi efficace que l'andalouse, qui doit être utilisée. Innovation souhaitée : dès après la première rencontre, la puya de macho pourra être utilisée afin de ne pas amondrir inutilement le toro et de favoriser plusieurs rencontres.

La troisième a pour objet les lignes : de trois mètres, la distance qui les sépare passera à six, afin de favoriser une mise en suerte plus lointaine, et de privilégier l'impact dynamique au contact de prés, si destructeur quand il se traduit en longue poussée statique.

La quatrième va dans le même sens : afin de favoriser un tercio dynamique et de le débarrasser des pesanteurs d'une lidia inadaptée dans de nombreux cas, si le toro mis en suerte à la distance réglementaire ne vient pas, c'est le picador qui pourra s'avancer pas à pas à sa rencontre. On évitera ainsi les capotazos inutiles et on mesurera la bravoure du toro à la distance à partir de laquelle il s'élancera, de même que l'on favorisera la mise en scène de la suerte et de la dextérité du picador.

Si ces propositions font débat - il suffit de surfer sur les blogs espagnols pour s'en rendre compte - c'est qu'elles sont à ce jour les seules qui prennent en compte de manière globale la problématique de ce tercio qu'il est urgent de moderniser. Elles sont les seules, et risquent de le rester encore longtemps, dans la mesure où les transferts de compétence entre le ministère de l'Intérieur et celui de la Culture en matière taurine sont actuellement paralysés, le second ayant momentanément renoncé à celles que le premier lui avait cédé.

Dans ce contexte, la pique rétractable, comme celle à cruceta giratoire, ne peut donc être comprise que comme un gadget sans doute bien conçu, mais qui ne résoudrait qu'une mince partie du problème dans le cas où elle serait adoptée. Or, le temps nous presse et il ne s'agit pas de faire du replatrage, mais de repenser l'ensemble, en espérant que les figuras sauront comprendre l'importance de l'enjeu.

Pour la petite histoire, ainsi que me l'a confié un proche de José Tomás, celui-ci a lu, peu avant son encerrona nîmoise, la lettre ouverte que j'avais écrite au Juli, et dans laquelle, entre autres suggestions, je lui demandais de mettre en valeur le toro durant le premier tercio. De là viendrait, toujours selon ce proche, sa décision de mettre les toros en suerte comme il l'a fait.

André Viard