CHORALE OFFICIELLE


Hier, l'info selon laquelle un jeune novillero avait été grièvement blessé dans une arène portative par un eral soit-disant trop sérieux a déchaîné les passions sur quelques sites dédiés au toreo moderne, dont l'indulto d'un toro de Parladé par José Tomás à Nîmes constitue une forme d'aboutissement.

Qu'y puis-je, si le premier à avoir lancé l'idée cet été qu'il était irresponsable de lidier des novillos trop grands fut le Juli en personne, après le lot de Javier Molina présenté à Las Ventas ? Dans la foulée, ses porte-voix les plus autorisés ont lancé la campagne, et ses palmeros les plus fidèles l'ont diffusée sur twitter où prétendre le contraire est devenu suicidaire.

Hier, suite à cette cornada grave, et à cette campagne en faveur de l'humanisation du spectacle, un sondage a même été organisé pour demander aux aficionautes de s'exprimer, et à ce que l'on en sait, une majorité écrasante serait contre les erales trop grands, trop difficiles, ou trop encastés, qui ruinent les espoirs des novilleros débutants.

Ne leur en déplaise, ruiner les espoirs de gamins qui n'ont aucun talent, ou pas assez d'envie, ou trop peu d'esprit de sacrifice pour embrasser la profession de torero, est un service qu'on leur rend. Le problème, et il est chaque jour plus grave, est qu'il n'est plus politiquement correct de dire la vérité aux gamins. Espartaco père vient d'en faire le constat amer, et après s'y être investi avec toute la passion dont il est capable, il a décidé de fermer l'école taurine d'Espartinas car il ne veut plus supporter les interventions de parents qui veulent à tout prix pousser leurs gamins.

En feraient-ils autant si les erales qu'on leur oppose constituait une véritable épreuve susceptible de permettre une sélection efficace entre ceux qui servent, comme on dit, et ceux qui ne servent pas ? Probablement que non. Car si tel était le cas, les gamins eux-mêmes tireraient leurs propres conclusions et demanderaient à leurs parents de les inscrire dans une autre école. De hand, par exemple.

Le problème est que l'exemple vient d'en haut et que lorsque l'on présente l'indulto du toro de Parladé à Nîmes par José Tomas comme le sommet de la temporada, voire de l'histoire du toreo, il ne faut pas s'étonner du fait que du haut en bas de la pyramide tout le monde veuille l'imiter. Or, José Tomas est inimitable, surtout face à un toro d'une si grande candeur, qui dans d'autres mains, à l'exception peut-être de celles de Morante, provoquerait un ennui probable. Voir indulto du toro de Parladé.

Ce qui n'empêche pas les ganaderos de rechercher ce toro là, et les aspirants les moins doués de tordre le nez quand on ne le leur offre pas. Les parents se mettent au diapason, les amis de la famille également, et le phénomène fait boule de neige jusqu'à pervertir les critères dont la presse devrait être garante, auxquels elle préfère de plus en plus souvent entonner l'antienne du catéchisme imposé depuis le haut de l'escalafón.

En ce qui me concerne je n'ai que peu de goût pour les chorales officielles, et jusqu'à présent personne n'a réussi à me faire chanter.

André Viard