POLITICAILLE




Par-delà les arguments de communication et les éléments de langage, le débat imposé à la classe politique mexicaine par une poignée d'élus opportunistes de l'opposition, montre bien que le principal objectif de ses promoteurs est toujours le même : faire parler d'eux.

Et pour y parvenir, le bouillant Cristian Vargas, surnommé le "Dipuhooligan" - tout un programme - a organisé des meetings aux quatre coins de l'immense mégapole pour expliquer à une population qui vit sous la menace permanente des cartels de tous ordres, que tuer les toros ce n'est pas bien. Et pour enfoncer le clou, dans un pays où la vie humaine a si peu de prix, il n'hésita pas à affirmer que s'il fallait marcher sur le cadavre de quelqu'un pour parvenir à ses fins, il n'hésiterait pas.

Le quelqu'un en question, Rafael Herrerias, n'a jamais été un ingrat et n'est pas davantage susceptible de se laisser impressionner : dans sa jeunesse, après avoir été cascadeur, il devint garde du corps de la grande figura que fut Manolo Martinez, avant de devenir son homme de confiance, puis d'escalader les marches de la fortune grâce aux connaissances que celui-ci lui ménagea dans les arcanes du pouvoir. Et Herrerias, des "Dipuhooligans", il en mange un tous les matins.

Le 7 octobre dernier, la Comisión de Administración Pública Local, présidée par José Luis Muñoz Soria, ne put passer au vote de la motion de Vargas, faute de quorum, et le Dipuhooligan accusa les absents de s'être laissés corrompre par quelque groupe empresarial, et accusa nommément Herrerias d'être un assassin.

Si cela avait été vrai, il aurait suffi à ce dernier d'un petit rouleau de dolars glissés dans la poche de quelque sicario, et le Dipuhooligan, à l'mage de quelques journalistes et bloogers trop critiques à l'encontre des cartels, aurait été retrouvé égorgé et suspendu sous la porte principale de la Monumental par exemple.

Mais Herrerias n'est pas un assassin, pas plus que les professionnels du toreo, tandis que le doute subsiste sur de nombreux ténors de la politique au Mexique dont les liens avec les cartels ont toujours été assez flous. En revanche, Herrerias est un homme d'affaires avisé, habile et parfois téméraire, qui sait aussi dialoguer, ce qui explique sans aucun doute le retournement de veste du Dipuhooligan qui a été accusé par le président de la Commission d'avoir lui-même cédé à la "mordida", en acceptant le "billetazo" qu'on le soupçonne d'avoir recherché depuis le début de son initiative.

Ce qu'il a bien sûr nié, invoquant le droit au travail et à la liberté pour justifier son opposition à la motion qu'il a lui-même présenté et qui sera mise aux votes d'ici à deux semaines, si le quorum est réuni bien sûr. Pour sa part, José Luis Muñoz, président de la commission, a déclaré : "Nous déplorons l'attitude de Cristian, car elle signifie deux choses : soit il s'est vendu comme il en a accusé les autres, soit il présente des projets de loi sans contenu, par simple envie de faire parler de lui".

Bien sûr, les trois députés du Partido Verde Ecologista de México qui soutenait le Dipuhooligan dans son initiative ont confirmé qu'ils "voteraient bien pour l'abolition des corridas" avec ou sans lui. À moins que quelqu'un, est-on tenté de penser, ne leur propose de tondre gratuitement leurs pelouses.


André Viard