bayonne
riz arles
madeleine
dax
 
 

CARACTÈRES




urcola

Le contraste relevé entre la manière d'embister des toros de Salvador Domecq et de ceux de Nuñez del Cuvillo lors de la feria de Zaragoza, invite à comparer les caractères dont ont doté leurs toros ces deux ganaderos.

Même si elle est souvent soumise aux aléas par nature imprévisibles qui en perturbent les résultats, la sélection est une science dont les ganaderos ont appris à étudier dans le détail les ressorts les plus mystérieux. Ainsi, si jusqu'aux premières années du XXème siècle la plupart d'entre eux se bornait à suivre chez leurs produits la seule ligne de filiation par les mères - on mettait alors plusieurs sementales en même temps sur le troupeau des vaches - les plus avisés, vite suivis par tous les autres, comprirent très vite que pour fixer les caractères recherchés il fallait aussi prendre en compte ceux dont était porteur le père.

Pronto et bravo, furent pendant des années les qualificatifs recherchées, avant que peu à peu la liste de ces caractères ne s'allonge pour, de nos jours, atteindre parfois le nombre de 24. Vingt-quatre signes de comportement qu'il faut identifier, nommer, savoir déceler dans chaque bête, puis chercher à transmettre au sein du troupeau.

La subjectivité du ganadero est forcément à prendre en compte, dans la mesure où, nommant les comportements qu'il prétend pérenniser, c'est son propre ressenti qui détermine l'évolution de son troupeau. Raison pour laquelle on dit à juste titre que les toros ressemblent à ceux qui les élèvent.

Ceci posé, il est donc passionnant, tout au long d'une temporada, de tenter d'identifier dans leurs toros, les caractères qu'ont fixé en tout ou partie des ganaderos à partir de ce fameux mono encaste par exemple, dont on peut alors percevoir la diversité et la richesse, au-delà du risque d'uniformisation.

Prontos et braves furent les deux toros de Salvador Domecq (encaste Tamaron), lesquels, sans être mièvres, possédèrent une noblesse encastée qui est sans aucun doute celle que recherchent aujourd'hui tous les ganaderos élevant cette souche, avec plus ou moins de bonheur et de réussite, certains étant en avance sur d'autres, tout simplement parce qu'il travaillent depuis plus longtemps dans ce sens.

Prontos et braves furent aussi les six toros de Nuñez del Cuvillo, mais leur manière d'embister différa sensiblement de celle de leurs cousins, non dans la manière de galoper en embistant, mais dans celle de mettre la tête. Voici quelques semaines, en début de saison, j'avais eu l'occasion d'évoquer ici le voeu secret du ganadero qui est, selon son propre aveu, d'élever un toro qui humilie moins tout en bougeant davantage, ce qui lui évite de tomber. Il en résulte une embestida plus décomposée que celle des deux toros de Salvador Domecq, moins agréable pour le torero, mais plus spectaculaire.

La limite de cette recherche réside dans le degré d'acceptation de son résultat par les figuras. Tant que cette mobilité un peu désordonnée demeure dans les limites du toréable, l'absence de classe sera compensée à leurs yeux par un surplus de transmission. Mais si le désordre des embestidas devient trop difficile à canaliser pour autoriser le toreo moderne, il est fort probable que les figuras interpréteront cette évolution comme une régression.

Entre ce toro spectaculaire et la noblesse trop douce des toros "artistes", les figuras préfèrent pour l'instant encore le premier, du moins dans les arènes de responsabilité où l'excessive facilité du second est par trop pénalisante. Mais à plus long terme, l'équilibre parfait semble être celui que recherche (et a trouvé) Salvador Domecq, dont la ganaderia fut toujours considérée, malgré quelques "baches" spectaculaires, comme la plus encastée de la branche Domecq.

André Viard