LA FERIA IDEALE


Histoire d'animer le débat, pourquoi ne pas imaginer la feria idéale susceptible de satisfaire tous les aficionados et, bien sûr, de remplir les arènes la prochaine saison ?

L'exercice est bien sûr osé car tous les organisateurs peuvent en témoigner, les cartels que l'on bâtit sur le papier se concrétisent peu souvent dans l'arène pour le simple fait qu'entrent en ligne de compte toutes sortes de mauvaises raisons : incompatibilité d'intérêt ou d'humeur entre tel et tel torero, ou entre tel autre et les toros, impossibilité de parvenir à un accord financier, simple problème de calendrier...

Mais passons outre et imaginons avoir le pouvoir de lever toutes ces barrières. Quelle feria bâtir et sur quel équilibre ? Au jour d'aujourd'hui, si l'on veut tenir compte des goûts de tout le monde, deux corridas dites toristas et trois pour les figuras semblent un bon compromis si l'on travaille sur une feria de cinq jours.

De corridas toristas apportant le prestige et la garantie du spectacle que l'on imprime sur l'affiche, je n'en vois que deux : Miura et Victorino. La Quinta a été un beau mirage à Mont de Marsan mais a terriblement déçu à Bilbao, Escolar Gil peut jouer les premiers remplaçants car malgré ses bons résultats la ganaderia demeure très irrégulière, Dolores Aguirre bouge mais en désordre et manque souvent de fond... Miura et Victorino donc.

Qui mettre en face ? L'idéal serait Ponce, Juli, Perera, Castella, Morante et le Cid qui sont les plus capables, mais ils ne voudront pas pour la bonne raison que le public dans son ensemble n'attend pas d'eux ce genre de performance. Conservons toutefois le Cid qui rechignera, demandera une seconde corrida, mais finira par accepter peut-être en le payant très bien de prendre les Victorino qui demeurent son meilleur emploi. Avec lui, cherchons deux toreros capables de toréer bien, lentement et pas en-bas : j'en vois deux : Javier Valverde et Sergio Aguilar.

Pour les Miura, le recours aux spécialistes s'impose : Fundi et Padilla, aux côtés desquels je placerais Jesus Millan qui est celui qui a le mieux toréé les miuras cette année : pas par demies passes brusques et para fuera, mais en les attendant et en les conduisant. Côté torista, nous sommes complets. Sur la liste d'attente, ajoutons Bolivar pour les victorinos, Rafaelillo pour les miuras et Lescarret.

Dans la catégorie des figuras, il faut trois corridas de garantie sans tomber dans la mièvrerie du toro bobalicon ou soso. Au vu de la présente saison, je propose Joselito avec ses deux fers, Nuñez del Cuvillo qui a été de tous les grands évènements, et Daniel Ruiz. A priori ce sont trois ganaderias qui bougent bien, voire beaucoup comme celle de Joselito. En second choix gardons un oeil sur les atanasios de la famille Fraile (Puerto ou Valdefresno) mais aussi sur les aldeanuevas du Pilar, voire sur les jandillas de Fuente Ymbro (très irréguliers).

Alignons les incontournables : Ponce, Morante, Juli, José Tomas, Perera et Castella, misons sur Juan Bautista et Cayetano et pour la touche d'originalité engageons Aparicio qui a donné à Madrid les meilleurs lances et les naturelles les plus pures de la saison. En second choix n'oublions pas Manzanares, misons, même si cela peut surprendre, sur Mehdi Savalli, et gardons un oeil sur César Jimenez, voire sur Javier Conde, mais pas pour les mêmes raisons.

Cela nous donne la feria suivante, dans le désordre :

Miura : Fundi, Padilla, Jesus Millan,
Victorino : El Cid, Javier Valverde, Sergio Aguilar,
Joselito : Ponce, Castella, Perera,
Nuñez del Cuvillo : Morante, José Tomas, Juan Bautista,
Daniel Ruiz : Aparicio, El Juli, Cayetano.

S'il faut une corrida de rejones, Mendoza, Ventura et Leonardo Hernandez s'imposent, avec Andy Cartagena en second choix, face aux inévitables toros de Bohorquez ou du Capea.

Et pour la novillada prenons l'option française avec, au choix, Margé, Camino de Santiago ou Virgen Maria, pour trois novilleros également au choix.

Combien cela coûte ? Cher, mais pas assez pour qu'une arène de 7000 places ne puisse pas se la payer si elle remplit... ce qui avec ces affiches serait probablement le cas, alors que cela le sera de moins en moins lorsque l'on organisera à l'économie.

André Viard