Robleño face au bon second


LO DEL CONDE


Ce n'est pas sans une bonne dose de nostalgie que les aficionados amoureux de l'étude des encastes auront vu hier sortir à Zaragoza l'énorme et très armée corrida du Conde de la Corte dont le moral fut loin de rappeler celui des toros que celui-ci lidiait dans les années cinquante.

Car malheureusement la présentation n'est pas tout, et elle est même peu de chose si plutôt que le trapio on recherche un volume disproportionné, des armures largement ouvertes et une hauteur inusitée dans l'encaste d'origine.

Ce qui fut malheureusement le cas et qui explique en partie la déception causée par le comportement de la plupart des toros, seul le second développant sa bravoure vers l'avant avec une mobilité remarquable. Les autres, si l'on excepte le quatrième qui fut réellement brave face au cheval, ne firent même pas illusion. De la présence, certes, mais peu de bonnes intentions et une toréabilité quasi nulle. Mansotes, andarines, brusques... voire un peu faibles, ils ne correspondirent en rien à l'image torista qui colle à cette ganaderia.

Quel gâchis, serait-on tenté de dire, lorsque l'on sait que c'est de cette ganaderia là que sont issues toutes celles de l'encaste Domecq dont la plupart - avec des hauts et des bas et sans être toujours exemptes de reproches au niveau de la présentation - ont su améliorer l'héritage génétique cédé par le Comte alors que lui-même était au sommet de sa gloire. Car ne nous trompons pas : ce qui a réellement fait défaut aux six toros lidiés hier, est cette bravoure constante qui se manifeste du début à la fin du combat et répond aux exigences du spectacle contemporain.

Le plus triste, est que le lot d'hier ne pencha ni d'un côté ni de l'autre, se laissant mollement toréer sans grand danger, mais n'apportant jamais non plus l'émotion que suscite la caste, même quand elle tend vers le genio. Des toros sans personnalité en fait dont seule la façade restera dans les mémoires et qui, au temps du Comte, auraient certainement eu pour conséquence d'envoyer un lot de vaches à l'abattoir.

Ce qui finalement ne résoudrait pas le problème de la ganaderia actuelle dont le lot lidié hier fut loin d'être le plus mauvais. En fait, si l'on osait, on pourrait conseiller au très rigoureux ganadero actuel de revenir à la source de la bravoure familiale en allant chercher quelques sementales susceptibles d'encaster son troupeau. Chez Jandilla ou Fuente Ymbro par exemple, deux ganaderias nées des vaches que son grand-oncle avait vendu à Juan Pedro Domecq de Villavicensio.

André Viard