LE GRAIN DE SABLE


Les meilleures machines peuvent parfois se gripper et il suffit d'un grain de sable pour enrayer la meilleure des mécaniques. À Séville où celle de la Maestranza a connu quelques ratés on parle désormais plus de l'albero que de ce qui s'y est passé...

Oubliés les triomphes, les broncas et même les toros qui sont tombés... ce qui reste de cette temporada, ce sont les cinq corridas annulées, certaines dans des circonstances rocambolesques, comme quand le délégué du gouvernement envoya la troupe au milieu du ruedo pour en évacuer les trois toreros qui voulaient toréer malgré l'interdiction.

Et l'automne venu, après les deux dernières suspensions, la grande question qui agite le mundillo sévillan est celle de savoir si l'on doit remplacer l'albero par un sable susceptible de mieux absorber l'eau de pluie, s'il vaut mieux drainer la piste ou s'il ne faudrait pas tout simplement acheter une bache pour couvrir le ruedo en prévision des orages...

L'empresa, avec l'aplomb qu'on lui connait, affirme que l'on a abandonné la bache voici quelques années car elle s'avérait plus désastreuse que la pluie elle-même, l'albero recouvert "cuisant" au lieu de sècher... comme le riz à l'étouffé. En ce qui concerne un drainage, la pierre est selon l'empresa dans le jardin de la Maestranza qui est propriétaire de l'immeuble, laquelle estime que la bache serait la meilleure solution.

Ces atermoiements ne sont bien sûr pas du goût des abonnés qui ont vu cinq corridas leur filer sous le nez, et encore moins de la télévision qui a perdu autant de spectacles. Quant à ceux qui avaient fait le déplacement pour la San Miguel, ils en ont été pour leurs frais et l'oreille coupée le vendredi par Pepe Moral n'aura certainement pas compensé le remplacement avorté de Morante et le dernier défi de Perera.

Ce que l'on sait moins, c'est que la Maestranza prélève à la source, c'est à dire à la taquilla, 25% des recettes brutes encaissées par l'empresa. 25% de cinq arènes pleines, cela fait beaucoup d'argent, ou plutôt un sacré manque à gagner que les Maestrantes ont du mal à digérer. Un peu comme le riz trop cuit à l'étouffé auquel l'empresa compare leur albero.


André Viard