LE CHEVAL DE TROIE



Lorsqu'une information compromettante est diffusée dans la presse contre deux candidats d'un appel d'offres sur trois au moment même où s'ouvre le processus d'étude des projets, chacun est fondé à se demander à qui profite le crime...

Car même en voulant jouer les candides au-delà du raisonnable, qui pourrait croire à une coïncidence fortuite ? La Comunidad de Madrid, depuis plusieurs mois, est extrêmement sensibilisée aux problèmes liées à la construction touchant des sociétés avec lesquelles elle a pu être en affaire, et le nom de Marbella à lui seul fait figure de repoussoir. Accoler celui-ci à celui des Choperitas équivaut donc à placer ceux-ci dans une situation extrêmement inconfortable dans la mesure où il est peu probable, même si l'info n'est pas encore vérifiée et que la justice ne s'est pas prononcée, que la Comunidad prenne le risque d'attribuer un marché à une société susceptible d'être mêlée à un nouveau scandale.

À qui profite cette info providentielle ? Aux autres candidats bien sûr... et au premier chef à celui dont le nom n'apparaît à aucun moment dans cette affaire. Car il importe de préciser que dans les dégâts collatéraux de cette nouvelle affaire, le nom de Tomas Entero apparaît à la marge, "coupable" d'avoir organisé des corridas dans des arènes construites par Edisan, société immobilière appartenant à la famille San Roman dont l'aîné, Fidel, a passé quelques semaines en prison au sujet du "cas Marbella" et a été éjecté à la demande la Comunidad de la société Taurovent.

Tout ceci est bien confus je vous l'accorde, et le seul intérêt d'un amalgame aussi douteux semble être de semer le doute dans l'esprit des élus chargés d'attribuer Las Ventas, lesquels, par défaut, n'aurait qu'à se rabattre sur la seule société n'étant pas "éclaboussée" par ces affaires. Il n'est d'ailleurs pas inutile de préciser que l'info qui va très certainement perturber l'appel d'offres organisée par la Comunidad madrilène à majorité de droite émanerait des bureaux de la Junta de Andalucia de majorité socialiste...

Il n'empêche que l'on ne peut qu'être étonné de voir toutes ces "affaires" remonter à la surface jusqu'à être reprises dans la presse, juste au moment où le sort des premières arènes du monde se joue... Des procédés rappelant ceux de sinistre mémoire que le Général de Gaule déclarait mépriser en les qualifiant de manoeuvres émanant d'officines occultes dans lesquelles la politique se serait décidée. Si c'est le cas les affaires taurines sont tombées bien bas et il faudra beaucoup, mais beaucoup de talent, pour doter ce secteur sinistré de la dimension culturelle dont certaines offres ont fait leur cheval de bataille. À moins qu'il ne s'agisse que d'un cheval de Troie destiné à recouvrir d'un manteau valorisant les pratiques habituelles en pareil cas. Ce que l'avenir dira.


André Viard