PICO ET PICO



Comme on pouvait le craindre pour lui, Madrid n'a pas fait de cadeau à Daniel Luque et lui-même d'ailleurs ne s'en est pas fait non plus, en passant complètement à côté du meilleur novillo de la tarde, ce qui a donné l'occasion aux commentateurs de faire son pedigree.

Luque, donc, s'est montré emprunté, distant et pour tout dire sans âme face à un excellent novillo de la branche Jandilla marqué du fer de Yerbabuena. Un novillo qui possédait classe, tranco et son, suffisamment en tous cas pour lui couper les deux oreilles en une vingtaine de muletazos. Est-ce la voix tombée des tendidos en début de faena et lui rappelant l'incident de Tamames qui explique l'attitude du torero ? Peut-être, quoique à mon avis on avait peut-être surestimé ses réelles qualités artistitiques en juillet.

Moyennant quoi Luque est apparu comme il peut-être en étant mal : mécanique, légèrement à destiempo et trop profilé pour espérer soulever à Las Ventas autre chose que des applaudissements discrets. La faena se déroula donc dans une ambiance mitigée et les commentaires du trio de Canal Plus restèrent sur une prudente réserve... jusqu'au moment où le novillo suivant sortit en piste. Là, les critiques se mirent à tomber, sans méchanceté mais sans complaisance non plus. Et les deux maestros assurant la retransmission - Antoñete et Muñoz - de détailler, images au ralenti à l'appui, l'abus du pico fait par le novillero, expliquant que pour toréer de manière orthodoxe le palo de la muleta doit rester horizontal et la pointe de l'épée doit être dirigée vers le bas. Ce que nous répétons ici à satiété, à une différence prés : c'est quand cet abus est pratiqué par les figuras que nous le faisons remarquer.


Car avant de détailler les "trucs" des débutants, il vaut mieux commencer par le faire pour les figuras que les premiers prennent en exemple, même si c'est plus risqué. Au final, Daniel Luque est reparti de Madrid en très mauvaise posture et il faut lui souhaiter que cette contre performance télévisée ne l'empêchera pas de trouver un nouvel apoderado désireux de l'aider. Ce qui risque de n'être pas facile.

André Viard