Cacophonie règlementaire


L'annonce par la Comunidad de Castilla y Leon qu'elle élaborerait bientôt son propre règlement taurin semble le signe avant-coureur d'une machine politico-administrative qui s'emballe faute d'objectif clairement identifié.

On touche là sans doute les
dividendes d'une dérive constititionnelle qui octroie aux Comunidades des pouvoirs beaucoup plus larges que ceux dont disposent les Régions en France, sans avoir prévu, pour les activités communes à toutes, une autorité compétente transversale susceptibe d'harmoniser les desiderata de chacune.

Au règlement "national" amendé déjà un peu partout, vont donc se juxtaposer le règlement andalou, celui de Navarra et celui de Castilla y Léon, avant que d'autres ne naissent sans doute, dès lors que les élus concernés auront la sensation que le dossier taurin peut être porteur pour eux.

Dans une vision optimiste des choses, on peut imaginer que le fondement de cette volonté de personnaliser le règlement en fonction de critères territoriaux répond à un soucis d'améliorer ce qui doit l'être, en optimisant le spectacle tout en garantissant le respect des professionnels et des spectateurs.

La vision plus pessimiste, qui se fonde sur l'observation que l'on peut faire de l'avidité des établissements publics propriétaires d'arènes au moment d'en concéder la gestion, peut faire craindre une véritable cacophonie en vertu de laquelle - on caricature un peu - les toreros devront chaque soir revoir leur copie en fonction de l'arène où ils se produiront le lendemain, ou se faire accompagner d'un juriste spécialiste en la matière.

Cela est-il bien sérieux ? En restant optimiste malgré tout, on ne peut que regretter l'absence de concertation préalable et le manque coupable d'intérêt dont le PSOE au pouvoir à Madrid fait preuve en matière taurine : comment ne pas penser que si le ministère de l'Intérieur qui en assure la tutelle avait convoqué une grande conférence à laquelle il aurait convié les entités professionnelles et les élus régionaux afin de plancher en commun sur le règlement le plus apte pour le spectacle du XXIème siècle, il aurait été entendu ?

Car dans cet imbroglio qu'on nous prépare, qui pourrait certifier que le seul intérêt de la Fiesta est en jeu, et non la défense d'intérêts ou de positions secondaires aux yeux du public ?

Les nombreuses polémiques survenues lors des divers appels d'offres de Madrid inciteraient à croire plutôt le contraire, et celle qui enfle déjà à Valence après l'avis donné par la commission d'appel d'offre aussi. Pour les collectivités publiques espagnoles, le seul enjeu de leurs arènes semble désormais être économique et rien n'indique dans les discours que l'on entend que cela changera. Car bien évidemment, s'ils prévoient des sanctions pour les manquements des professionnels et des ganaderos, les multiples règlements n'établissent à aucun moment des règles claires d'attribution pour les grandes arènes.

Dans ces conditions, si l'on met entre parenthèses l'aficion indiscutable de certains élus en charge ici et là du dossier, multiplier les règlements pourrait apparaître comme un écran de fumée destiné à amuser les aficionados et à masquer l'essentiel : pour les collectivités publiques et l'Etat espagnol, la Fiesta taurine n'est plus qu'une affaire d'argent.


André Viard