LAS VENTAS EN OTAGE


Si l'on n'avait la certitude qu'aucun des protagonistes de la polémique qui agite les milieux politiques madrilènes n'a finalement rien à faire de l'avenir de la tauromachie, on ne pourrait que se réjouir de voir un élu appelé à rendre des comptes pour avoir attribué les premières arènes du monde à une empresa qui ne le méritait pas.

Mais dans le rapport de forces permanent qui oppose les divers camps, Las Ventas n'est qu'un enjeu comme un autre, et la médiatisation malsaine de tout ce qui touche aux aspects les moins reluisants du monde taurin, ne peut qu'inciter les élus les moins soucieux d'en préserver l'image à les utiliser à d'autres fins.

Qui peut croire en effet que dans la "mauvaise" temporada invoquée par un député socialiste pour demander des comptes réside le fond du problème ? Si le PSOE au pouvoir en Espagne s'intéressait à l'avenir du monde taurin, il n'aurait pas laissé pourrir la situation comme il l'a fait dans deux dossiers brûlants : celui de la langue bleue et celui des séparatistes catalans. Dans les deux cas malheureusement, au lieu de montrer son attachement à la Fiesta par des gestes forts, il a piteusement joué la montre et on connaît le résultat.

Qu'il veuille mettre en évidence à présent le mauvais choix de la Comunidad au moment de l'adjudication des arènes paraît un peu réchauffé, même si sur le fond le problème est bien réel et que la temporada a été mauvaise. Mais qui peut assurer qu'il aurait mieux dans un contexte quelque peu morose où ce qui manque avant tout, plus que les idées, sont trois ou quatre figuras dignes de ce nom et prêtes à affirmer leur rang en se laissant annoncer trois ou quatre fois à Madrid au lieu de fuir Las Ventas comme la peste.

De ce point de vue, le pari tenté par Sébastien Castella cet après-midi est plein de panache et il faut mettre à son crédit de n'avoir pas fait comme bien d'autres dans sa situation : camper sur ses positions chèrement acquises et attendre jusqu'à l'année prochaine pour revenir sur le théâtre de ses exploits du printemps. Ce qui mérite une récompense, laquelle est toute trouvée : en triomphant cet après-midi, il dépasserait son statut de grande révélation de la temporada pour atteindre une autre dimension.


André Viard