LA CURÉE MÉDIATIQUE




Le débat est inutile, la discussion faussée dés le début. Entre animalistes fanatisés et aficionados, aucun pont ne pourra jamais être tendu, tout simplement parce que l'objectif des premiers est d'éradiquer les autres, au nom du pacifisme animaliste qui a donné à Tordesillas une image digne de ce qu'il est.

D'un côté, 50.000 aficionados qui reconnaissent dans le Tournoi une partie de leur identité, défendue bec et ongles par leurs ancêtres durant 500 ans. De l'autre, 200 traîne-misère envoyés au front par quelques dégourdis qui les manipulent afin de passer à la télévision.

Une impression de déjà vu : trois ou quatre meneurs, déguisés en rebelles palestiniens - sans doute pour faire plus vrai - qui lancent les mots d'ordre que les autres reprennent en choeur. 80% de femmes, la plupart hystérique (si j'osais je dirais aussi moches), trois ou quatre gros bras tatoués, un handicapé au premier plan qui pensait qu'on l'amenait au manège, trois mémés aux cheveux rouges à la libido probablement tourmentée, une sorcière enragée sans son balai, quelques junkis hébétés ramassés allez savoir où... voilà pour la petite troupe acheminée à Tordesillas.

En face, 50.000 ruraux de tous âges, éberlués devant tant d'agressivité imbécile de la part de ces citadins marginaux. Et en première ligne la jeunesse aficionada, dont l'humour fit plaisir à voir. Quand les animalistes s'assirent pour éviter de se faire refouler par la Guardia Civil, les jeunes aficionados s'assirent aussi. Quand les animalistes scandèrent "le tournoi est illégal" (ce qui est faux), les jeunes aficionados répondirent en choeur "la marijuana aussi!" Et ainsi de suite pendant deux heures, le temps pour la Guardia Civil d'extraire un à un les manifestants du magma noirâtre dans lequel ils s'étaient aglutinés.

Au petit matin, les mêmes avaient déversé de l'huile sur les pavés et la mairie a annoncé une plainte pour mise en danger de la vie d'autrui. Quand le toro fut lâché, on apprit qu'ils avaient allumé un incendie sur la rive du fleuve qui est classée zone écologique protégée, et qu'une paire de voitures avaient brûlé. La bonne nouvelle est que l'incendiaire a été arrêté et qu'il aura tout le loisir de regretter son geste. Et pour la bonne bouche, après avoir été refoulés hors du passage du toro, ce qui fut un geste humanitaire à mettre au crédit des habitants de Tordesillas, les pacifistes animalistes se mirent à jeter des pierres sur les aficionados. Pas des cailloux : des pierres ! L'intifada, quoi.

Il y aurait donc eu de quoi, pour les medias nationaux très friands de cette journée, enlever le masque de ces révolutionnaires en pantoufles pour les montrer tels qu'ils sont. Il faut croire que les vieux shémas ont la vie dure ou que les journalistes de la capitale sont peu regardants. Et l'on eut droit aux sempiternelles tertulias où les donneurs d'ordre, que l'on ne voit jamais en première ligne, vinrent pousser la chansonnette et faire de la retape avant la quête.

Nul ne saura sans doute, à moins de lire les quelques medias qui font exception à cette triste règle, que Alvaro Martin a remporté le tournoi à la loyale après avoir lutté seul à seul contre Elegido, six ans, de Bañuelos, qui juste avant venait de distribuer quatre cornadas dont une très grave, faisant preuve d'un courage que lui envieraient bien des toreros de premier plan : dans le sable de la vega, le toro a l'avantage du terrain, contrairement à ce qui se passe dans l'arène.

C'est pourtant ce qui s'est passé. J'y étais, et puis donc en témoigner, contrairement aux journalistes qui ont alimenté les tertulias et aux antis qui au même moment étaient parqués par la Guardia Civil non loin du théâtre de leurs méfaits.

André Viard