GAVAGE



D'abord les casseurs belges et parisiens qui envahissent Rion, puis les activistes italiens et allemands anti chasse à l'ortolan qui appellent la population landaise à la délation, comme à l'époque de la collaboration. Veut-on vraiment voir le sud basculer par réaction du côte des xénophobes ?

Telle est la question qui se pose, tant l'indécence des moyens utilisés pour en finir avec l'art de vivre de nos régions ne peut qu'être le fruit d'une stratégie globale dont j'ai longuement détaillé les ressorts au travers de diverses études dont le site Mediapart vient de reprendre l'essentiel, pour s'interroger à son tour sur un phénomène (lire) qui a pour unique but de pousser la population agressée dans sa culture à se radicaliser et à tomber dans les bras des extrêmes.

Ne se rendent-elles pas compte, les deux élues aficionadophobes de la majorité municipale dacquoise, dont Mediapart évoque les prises de position, qu'en cautionnant ce type de comportement et en se disant décidées à se ranger aux côtés des manifestants, c'est surtout l'image d'une démocratie déboussolée qu'elles accréditent (lire) ?

Depuis quand le soutien à l'illégalité, à l'intolérance et à la violence est-il devenu une vertu citoyenne ? La demande des activistes allemands faite aux citoyens francais de se livrer à la délation contre leurs compatriotes ne leur semble-t-il pas être un sujet d'inquiétude plus grave que la remise en question des corridas dacquoises qui, de toutes les manières, avec ou sans elles, se feront ? Les leçons de l'histoires ne servent donc à rien ?

Quant aux comportements délictueux qu'elles cautionnent par leur attitude, l'enquête de Mediapart devrait leur permettre de comprendre à quel point on les manipule. Que les aficionados inquiets de tant d'inconséquence se rassurent pourtant, et qu'ils ne tombent pas dans le piège de la provocation : avant qu'ils ne cèdent à la tentation de règler le problème à l'ancienne, c'est à dire en éteignant les lumières avant la baston, c'est à la justice de répondre par des sanctions exemplaires.

Quant aux pouvoirs publics, d'ici à la fin de la saison, il serait judicieux qu'ils appliquent aux potentiels casseurs enrôlés sous les bannières du CRAC, de la Fondation Brigitte Bardot et d'Animaux en Péril (entre autres), la jurisprudence nouvelle mise en place par la Préfecture des Landes, qui a expulsé du département quelques activistes anti chasse à l'ortolan potentiellement violents... avant que la population ne se charge de le faire à sa place et sans ménagement (lire). Au demeurant, n'aurait-on pu y penser avant de les laisser arriver jusqu'à Rion, puis de justifier la non application du principe de précaution - appliquée dix jours plus tard aux activistes anti ortolans - par des considérations plutôt bancales ? (lire)

Conscient d'avoir franchi les bornes et de devoir bientôt répondre de ses actes devant un tribunal, le Crac a tenté d'allumer un contre-feu en demandant en référé devant le Tribunal Administratif de Marseille l'interdiction de la feria du Riz d'Arles qui débute demain (lire). Une semaine il défie le droit, la suivante il en appelle à lui. Heureusement, personne n'est dupe de ce double langage, d'autant moins que sur le fond les arguments invoqués seront facilement démontés. Car à la différence des casseurs qui ont recours aux mercenaires, le monde de l'aficion dispose de solides défenseurs qui travaillent bénévolement pour leur Cause.

Comme disait un ancien Président de la République, peu féru de corridas mais attaché à la liberté culturelle et expert en art de vivre, il faut laisser du temps au temps. Comme pour le gavage des canards, des ortolans, ou même des toros de Fuente Ymbro, tout est question de maturation. Et après la faute, vient le châtiment.

André Viard