LE JULI EN FIGURA


Le Juli qui dit non à don Bull de manière ferme et claire met ses companeros figuras dans une drôle de situation. Morante ne dit rien, et Ponce laisse parler ses apoderados...

Le plus curieux, en dehors de ce qu'ils disent, est la manière dont c'est raconté, comme si pour certains medias espagnols mettre en évidence le tour que prend cette galère posait problème. Pour comprendre là où ça gène, il suffit de lire les titres. Sans doute, mais ce n'est qu'une impression, est-il un peu difficile de parler de naufrage quand on a fait la promotion, ce qui est tout à l'honneur de ces confrères que l'on ne pourra pas accuser d'avoir quitté le navire au plus mauvais moment.

Ce qui est difficilement compréhensible, ce sont les arguments des apoderados de Ponce. D'un côté, don Bull annonce le torero deux fois s'il vous plaît pour la fin de l'année, de l'autre Victoriano Valencia évoque un rendez-vous en Espagne le 9 octobre au cours duquel tout peut se décider : y aller ou pas.

A aucun moment, si j'ai bien lu, n'est évoqué le côté misérable d'un show dans lequel la tauromachie a tout à perdre - ce sont les arguments du Juli pour ne plus y aller - mais simplement le taux de remplissage. Tout dépend, si j'ai bien compris, des garanties qu'apportera l'organisateur sur les entrées qu'il compte réaliser en demandant aux administrations locales et aux hôtels de la ville de l'aider... Dans ma grande naïveté, j'avais toujours pensé qu'il fallait voir les choses en sens inverse et que la mission des figuras, en échange de leurs honoraires, était précisément de remplir les arènes.

Il est vrai que Ponce a toujours eu du mal à ce niveau, et la matinale nîmoise au cours de laquelle il a triomphé l'a mis en évidence : moitié moins de monde en gros que le lendemain pour voir Morante et Castella. Et ce qu'on ne fait pas à Nîmes, il est difficile on le suppose d'y arriver au Nevada. Ce qui permet de se demander, sans faire de procès d'intention, si la question qui préoccupe le torero et ses apoderados n'est pas plutôt la suivante : aura-t-on les garanties suffisantes pour être sûr que l'on sera payé ?

Dit comme cela, la réunion du 9 octobre a un peu moins de gueule que si les porte parole de Ponce en attendaient des garanties sur l'éthique d'un spectacle que l'on sait dévalué. Ce qu'ils savent évidemment, mais qui ne semble pas les traumatiser outre mesure puisqu'ils ont également déclaré que si d'autres figuras y allaient, Ponce irait aussi. Ce qui permet de se demander aussi, toujours sans le moindre procès d'intention, si au regard de son ancienneté et de sa carrière incomparable, plutôt que de jouer les suiveurs et d'attendre que d'autres prennent leurs responsabilités, Ponce ne devrait pas plutôt montrer l'exemple, comme vient de le faire Juli, en expliquant tout simplement qu'il avait été naïf et qu'on l'a trompé. Ce dont nul de saurait lui tenir grief, surtout après sa prise de position inéquivoque.

André Viard