L'AVENIR DU FUTUR


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Don Bull s'est donc ramassé en beauté hier à Las Vegas à l'occasion de sa première mascarade en prélude de laquelle il a fallu faire patienter le maigre public durant une heure tandis que l'on draguait les touristes autour des tables de jeu pour essayer de donner au hangar qui tient lieu d'arène un aspect moins tristounet...

La nouvelle est donc plutôt bonne, même si l'on n'est pas persuadé que l'aspect financier soit primordial dans l'affaire et qu'il ne s'agisse pas d'un de ces malicieux montages où qui perd gagne par les effets de blanchisseuses de haut vol.

Ce qui est certain est que comptablement et hors intervention extérieure cette première fut ruineuse, avec moins d'un petit millier de spectateurs, et on voit mal comment il y en aurait davantage lors des prochaines, hormis si l'on considère qu'en période de fin d'année le flux touristique sera supérieur. Car une chose semble certaine : pour les joueurs de l'Illinois ou du Massachusets qui font le déplacement de Las Vegas, Ponce ou Zotoluco c'est du pareil au même.

Ce qui peut changer, dans la logique du système, c'est la présentation des corridas : si celle retenue pour le cartel de toreros modestes est la plus sérieuse du lot comme il se doit (voir photo ci-dessus), qu'en sera-t-il de celles des vedettes ? Et si l'on ajoute à ce résumé des faits le ridicule d'un indulto concédé à l'occasion d'un spectacle sans mise à mort, il devient de plus en plus difficile aux figuras d'honorer leur engagement sans comprendre à quel point leur démarche ne fait pas honneur à leur rang.

Ni au monde taurin en général, lequel est incapable, en Espagne, de mener une réflexion de fond sur l'avenir d'un spectacle que chacun laisse dériver au gré de ses intérêts, l'important pour ceux qui aurait le pouvoir d'endiguer cette fuite en avant semblant être de ne pas rater une seule occasion de s'en mettre plein les poches. Ne dit-on pas ici et là que l'interdiction des corridas en Catalogne serait une manne considérable pour ceux qu'elle y priverait de leur activité, manne que d'aucuns n'hésitent pas à évaluer à quelques millions d'euros... Quelques dizaines millions d'euros que la Generalitat serait disposée à payer pour fermer une arène dont on resterait tout de même propriétaire avec tout le loisir de la convertir en immeuble de bureaux... l'aficion a sans doute des limites.

Nous n'en sommes pas encore là, mais mises bout à bout, ces preuves de la rapacité incontestable d'un système ont de quoi inquièter ceux qui pour le faire vivre se saignent aux quatre veines. Et ce n'est pas le satisfecit lancé par l'empresa de San Sebastian de los Reyes qui a déclaré que, grâce à la compréhension des figuras qui avaient accepté d'étalonner leurs cachets sur les entrées, de nombreuses ferias échapperaient à la ruine, qui dissipera l'impression désagréable que l'on ressent face à une crise bien plus profonde qui va bientôt mettre en évidence les déficiences structurelles du marché et remettre en question sa rentabilité globale.

J'avais parlé l'hiver dernier de la nécessité de sortir de cette économie virtuelle qui était depuis des années rythmée par la surenchère capricieuse des figuras et j'avais plaidé pour un retour vers une économie réelle qui aurait pour objet d'assurer un meilleur équilibre entre l'offre et la demande en constituant, au besoin, un "pool" d'arènes françaises désireuses de plancher sur le sujet. Au terme d'une temporada difficile pour de nombreuses arènes et non des moindres, l'idée mérite toujours d'être étudiée, d'autant que si voici six mois elle paraissait très utopique, après un été de "rebajas" forcées, les figuras sont désormais mieux conscients du problème.

Comment comprendre sinon que quelques uns des principaux toreros se sentent obligés, toute honte bue, de participer à la mascarade donbullesque de Las Vegas pour boucler leur budget ?