LA CONSULTATION DES VETERINAIRES


De manière fort opportune, l'association des vétérinaires taurins est en train de procèder à une consultation au sein du monde taurin afin de dresser un état des lieux de l'opinion sur l'épineux sujet des piques et d'entamer une réflexion sur son évolution.

Cette idée fort judicieuse qui s'inscrit dans l'air du temps vient à point nommé pour apaiser un débat que certains ont abordé sous le seul angle de la polémique à partir de positions trop tranchées. Ayant moi-même dressé ce constat, j'ai travaillé depuis trois mois sur le sujet à partir des éléments objectifs que nous offre l'histoire : les traités de tauromachie et les règlements taurins. Et cette mise en perspective inédite montre à quel point le tercio de piques a été victime d'un rapport de forces permanent entre, d'un côté, les picadors et les toreros, et de l'autre les ganaderos et l'aficion.

La grande différence avec l'époque que nous vivions est que les ganaderos, de procurateurs à charge contre les picadors, sont maintenant assis à leurs côtés sur le banc des accusés. Comment l'expliquer ? De nombreux facteurs entrent en ligne de compte et il serait laborieux de les résumer ici, d'autant que l'opus 19 à paraître début octobre propose un dossier de 130 pages sur le sujet, lequel a pour but d'apporter une contribution objective dans un débat passionné où la raison est parfois oubliée.

L'enquête des vétérinaires permettra sans doute de mettre en évidence de nombreuses vérités, à condition que tous les secteurs de la tauromachie y participent, ce qui n'est pas certain dans la mesure où l'on sait bien que la majorité silencieuse, qui est par nature majoritaire et taiseuse, ne s'exprime pas souvent. En tout état de cause, à partir d'un constat simple de la situation, l'AVF pose en préambule la question de savoir s'il faut modifier le tercio de piques en apportant ces précisions :

"Un tercio de pique moins sanguinolent, moins traumatisant mais qui doit conserver son efficacité sur la perception de la bravoure, et qui doit maintenir la mobilité nécessaire à des faenas complètes : c’est le même public qui hurle contre une pique assassine, et qui applaudit debout une 3éme ou 4éme pique quand le toro part de loin pour un châtiment dans les règles. Il ne faut pas interpréter une modification du tercio de pique comme une régression de la corrida, mais au contraire comme un moyen de révélation de la véritable bravoure en évitant l’asphyxie prématurée et les génuflexions inévitables."

Nous ne disons pas ici autre chose. Quant aux conclusions que les vétérinaires taurins ne manqueront pas de tirer de leur consultation, pourquoi ne pas en faire la base d'une plateforme de réflexion commune à l'occasion d'une grande table ronde convoquée sur le sujet ? La Fédération des Sociétés Taurines en avait émis l'idée à l'occasion de son prochain congrès
. Espérons qu'elle est toujours d'actualité.

En tous cas, avec ce sondage, le dossier que Terres Taurines consacre au sujet en réunissant pour la première fois une volumineuse documentation, et la table ronde qui sera sans doute convoquée, le débat devrait pouvoir s'organiser en toute sérénité... et en parfaite connaissance de cause quant aux modifications qu'il faudrait envisager et sur lesquelles j'ai ma petite idée...

André Viard