RIZOTTO SUCRE SALE


Des novillos en sucre d'orge de José Luis Marca à la brutalité du toro de Guardiola, le public arlésien a pu hier se faire une idée assez précise du large éventail de la caste que l'on trouve aujourd'hui, de la plus sophistiquée à la plus ancienne, sans toutefois tomber dans le leurre fallacieux de la mansedumbre mensongère.

Hubert Campan, qui avec l'INRA développe un important programme de recherche n'en démordait pas : ce que le public veut aujourd'hui c'est de la mobilit√© ! Certes, mais quand les novillos ou les toros tombent, même si c'est de manière dynamique, la faena s'affale avec eux. À cette réserve prés - une certaine faiblesse latente - les novillos de Marca offrirent une caste policée ou une noblesse encastée, selon ce qu'on préfère, certains montrant leur bravoure au cheval en mettant la tête dans le bas du peto... quatre mètres avant de l'avoir atteint !

Marco Leal a une fois de plus triomphé à Arles (cinq sorties en triomphe sur cinq novilladas) où il a confirmé son bon final de temporada. Volontaire, ambitieux, Marco est également un bon torero capable de passer avec un bonheur égal des Miuras de Carcassonne aux tendres Marca d'Arles. Ce qui n'est pas évident. Surprenante, la façon nouvelle qu'il a de banderiller, en prenant une sorte d'appui inversé qui le positionne en vrille face à la tête du novillo. Jamais vu avant.

Si Tendero, lui, donne une impression de déjà vu, c'est qu'il rappelle Perera au même âge, avec toutefois chez lui une influence visible de Manuel Caballero (son maestro), notamment dans cette manière subtile qu'il a de codillear pour ne jamais rejeter les charges vers l'extérieur. S'il évolue dans le bon sens, il sera sans doute une des promesses les plus sérieuses...

Malgré cinq avis - il faudrait sérieusement apprendre à tuer car sinon il n'y a pas de carrière possible - Tomasito a laissé une impression positive pour sa présentation à Arles, même s'il doit aussi perfectionner ses deuxièmes parties de muletazos au cours desquelles il a tendance à oublier le novillo en route... ce qui lui interdit de bien terminer ses passes et donc de lier.

Des sucres d'orge, l'après-midi, il n'y en eut qu'un et il portait le fer de Victorino. Un toro andarin et vif au début, qui mit Espla et sa cuadrilla à la rue lors d'une lidia qui tourna à la cacophonie, mais qui ensuite humilia et suivit la muleta avec une grande noblesse, surtout à gauche. Il fut le seul à le faire aussi bien, le seul à répéter ses charges, le seul à apporter ce surplus d'émotion qui autorise les grandes faenas. Espla, en parfait gentleman-cambrioleur, posa quelques naturelles au milieu d'une faena déclinée à toute berzingue... La mort spectaculaire du brave Victorino fit tomber l'oreille.

Noble fut aussi le toro de La Quinta qui eut la chance de tomber sur une muleta aussi douce et lente que les courtes charges qu'il proposait faute de moteur pour enclancher la seconde... (trop piqué peut-être ?). Celle de Sergio Aguilar bien sûr, que l'on aurait aimé voir proposée au toro de Victorino. Elle fut également persuasive pour convaincre l'âpre toro d'Escolar Gil d'y mettre la tête dedans... sans pour autant nous convaincre qu'il méritait absolument le prix que le ganadero doit en grande partie à l'intelligente faena du torero. Lequel devrait partir la saison prochaine avec un nouvel apoderado digne de son rang.

Mais si l'on parle de bravoure, il convient de préciser, ce qui n'est pas toujours le cas, que tous les toros de cette ccncours de bon niveau se firent piquer dans les règles (sauf le Victorino qui fut très mal lidié). Et si tous ne se firent pas toréer, c'est que, trop piqués certains, ou de bravoure insuffisante, ils ne le permirent pas. La palme du désagréable revenant au toro de Guardiola.


André Viard