LA GOYESQUE LABELLISÉE



Capitale européenne de la Culture pour l'année 2013, Marseille est devenue ipso facto l'arbitre des élégances pour le petit monde des arts, des lettres et du spectacle, dont l'existence ne dépend bien souvent que de la largesse des subventions, faute de public suffisant pour assurer leur indépendance.

Les multiples troupes subventionnées, expos organisées avec le concours du mécénat, ou manifestions de grand prestige organisées à perte - le budget du comité organisateur de Marseille Provence 2013 s'élève à 100 millions d'euros - n'existent donc que grâce à la volonté publique de garantir la multiplicité culturelle, même dans des domaines où l'intérêt du public n'est pas évident. Ce dont il faut se réjouir pour la diversité qu'elle permet de garantir, alors que le risque est grand, même dans un état démocratique, de voir les lobbies imposer leurs intérêts.

Inscrite au patrimoine culturel de la France, décision légitimée par le Conseil Constitutionnel, la corrida ne faisait pourtant pas partie du programme initial des manifestations labellisées par le comité Mareille Provence 2013, et la Feria d'Arles, qui en était l'évènement le plus important de la région de référence, fut donc laissée de côté. Le monde de la culture, si progressite pourtant, a encore du mal à s'extraire de ses habitudes et à faire abstraction d'une malheureuse sensiblerie peu compatible avec l'audace parfois iconoclaste des artistes qu'il aime encenser.

Il n'était pourtant pas dit que la tauromachie resterait au ban de la culture officielle, et voici moins d'un mois la nouvelle est tombée : après mûre réflexion, le Comité Marseille Provence 2013 a décidé de labelliser la corrida goyesque arlésienne qui aura lieu durant la feria du Riz. Mieux vaut tard que jamais. Il convient toutefois de préciser que ce label culturel ne se traduit par aucune aide financière - alors que c'est le cas pour toutes les autres manifestations - peut-être parce que la cagnotte dont le comité dispose a déjà été copieusement grignotée, pour moitié d'ailleurs en frais de fonctionnement interne.

Il n'en demeure pas moins que cette labellisation confirme la place culturelle acquise au niveau institutionnel en France, et qu'elle apparaît comme une normalisation bienvenue dans les rapports pas toujours idyliques entretenus avec le ministère de tutelle qui, ce n'est un secret pour personne, traîne passablement les pieds depuis que sa titulaire actuelle l'occupe, laquelle, comme chacun sait, a signé il n'y a guère une pétition demandant l'abolition des corridas.

Fort heureusement, et la labellisation très symbolique de la goyesque arlésienne le démontre, la raison et le droit sont plus forts que l'obscurantisme imposé par quelques sectes animalières plus ou moins radicales, qui n'ont pour arguments que la menace et l'injure. Voire une grève de la faim bidon, pour attirer l'attention de medias qui sont de moins en moins dupes des manipulations auxquelles ils ont parfois cédé, davantage par manque de matière éditoriale que par conviction profonde dans la plupart des cas.

On attend donc avec impatience la réaction de madame Bardot, qui, ayant déjà menacé de s'expatrier à l'occasion d'un autre dossier, ne devrait pas tarder à quitter une région où le monde culturel, dont elle fut une icône à sa manière, labellise les corridas.

André Viard