AAA


Sans ressentir le besoin d'apparaîre en tant que telles, les agences de notation taurines font depuis longtemps la loi sur le marché, où la valeur marchande des toreros est observée au jour le jour.

Inutile de dire qu'en cet été si particulier au cours duquel le retour de José Tomás est apparu comme une bouée de sauvetage dans l'océan de la crise économique qui n'épargne aucun secteur de la société, aucun torero n'arbore la fameuse note AAA.

Même José Tomás, après ses trois premières corridas sans triomphe, est en passe de se voir rétrogradé, si ses prochaines sorties - Gijon vendredi - ne lui permettent pas de relancer la machine. À Gijon, justement, où l'empresa a consolidé son abonnement depuis longtemps en fidélisant 4000 clients, la venue de José Tomás n'a pas eu l'effet multiplicateur escompté puisque ce sont seulement 400 abonnements supplémentaires qui ont été enregistrés.

À Bayonne, si le nombre des abonnements a notablement augmenté, il n'a toutefois pas permis aux cartels constitués à base de toreros dont le pouvoir d'attraction est en chute libre - le Juli compris - de dépasser la demie arène. Un niveau inquiétant qui confirme que le gros de la crise est toujours devant nous, et que les figuras devront accepter des solutions radicales si elles ne veulent pas voir chuter leur note et les empresas réorienter leur programmation.

Car les agences de notation taurines sont formelles : au regard de leur rapport qualité/prix, les corridas toristas sont nettement plus rentables que les autres, et il suffirait que le niveau "artistique" de leurs produits soit conforme à ce qu'en attendent les aficionados, pour que l'on assiste à une véritable révolution culturelle, sur le marché français au moins.

Les petites arènes ne s'y sont pas trompées, lesquelles conservent mieux leur niveau d'entrée que les grandes, pour la simple raison que ne jouant pas sur les effets de mode elles sont moins touchées quand celles-ci sont passées.

Dax est bien sûr l'exception qui confirme la règle, mais pour la première fois cette année il restait des places à vendre deux semaines avant le début d'une feria AAA qui se jouera encore à guichet fermé, et dont le succès dépendra de la réussite de l'audacieux pari tenté par la commission taurine en alignant des fers atypiques pour les figuras. Et de ce point de vue, l'annulation de la visite des toros apparaît comme un indice susceptible d'affoler, à tort ou à raison, les agences de notation, d'autant que l'on sait bien - Obama ne cesse de le rappeler - que leurs critères sont au moins autant politiques que techniques.

André Viard