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LE SOMMEIL DES ÉTOILES


Des enfants qui chantent et des parents qui pleurent, le cercle presque fermé qui ouvre sur l'infini, le tonnerre contenu des tambours et des grosses caisses, la mélopée lente des cuivres et des voix... l'agur jaunak, cette messe païenne du souvenir dacquois, a encore tenu ses promesses.

À l'angle de la barrera de sol qui donne sur la porte des cuadrillas, un petit garçon battait dans ses mains. Cette place là, je la connais bien : c'est là, sur les genoux de mon grand-père, que j'ai communié aussi pour la première fois dans cet antre de passions empli de sentiments contradictoires. Pourra-t-il un jour, ce petit garçon, y amener à son tour le sien ? Pourra-t-il lui apprendre comme nous le fîmes que la vie sans la mort relève de l'utopie, et que dans la dure réalité qu'il révèle, le jeu de l'arène est la représentation du désir de se survivre à soi-même qui hante l'homme depuis la nuit des temps ?

Un désir que l'immense majorité ne pourra jamais satisfaire, mais que quelques élus nous permettent d'approcher en abolissant, l'espace d'un instant, les barrières qui jalonnent notre condition mortelle, ouvrant ainsi pour nous une fenêtre sur l'infini.

Dans cette arène bercée par ce chant repris à l'unisson, dans cet élan oecuménique ampli de fraternité, quelques esprits pervers voient pourtant l'expression d'une cruauté coupable au nom de laquelle ils souhaitent nous condamner. Nous ne les laisserons pas faire. Nous ne les laisserons pas éteindre ce brasier généreux qui enflamme tant de coeurs passionnés, pour qui les corridas semblables à celle à laquelle il nous fut donné d'assister hier dans le ruedo dacquois, sont à l'image de cette lumière irréelle surgie des ténèbres, qui, des millions d'années après leur extinction, témoigne encore de la grandeur éphémère des astres endormis. Née du sommeil éternel des étoiles, sa beauté embellit nos vies.

André Viard