UN SABLIER DANS LES DUNES


Comme des grains de sables dans un sablier géant, les faenas inoubliables rythment le temps qui pour les aficionados s'écoule d'une temporada l'autre. Et le temps les rattrape parfois, quand, à l'occasion du retour d'un de leurs toreros aimés - Victor Mendes par exemple - ils mesurent combien la vie est précaire.

Les grandes faenas sont un sablier absolu et mensonger à la fois, qui marque nos mémoires d'images inoubliables égrenées au compte-goutte mais que l'on oublie souvent pourtant pour ne plus retenir d'elle que quelques impressions juxtaposées auxquelles se superpose la valeur ajoutée du ressenti qu'elles ont fait naître.

Car en fait le sablier c'est nous, et c'est à l'aune de la précarité de nos existences que nous mesurons à la valeur de nos souvenirs, que nous filtrons dans le flot du temps qui s'écoule telle faena ou tel torero, enrichis du poids de notre propre mélancolie.

Cette mélancolie qui est la résultante d'une mort promise et acceptée que nous allons défier ou tenter d'apprivoiser dans l'arène et qui nous offre ces instants intemporels grâce auxquels nous embellissons nos vies, tel un sablier planté au milieu des dunes et à qui l'immensité ondulée et mouvante offrirait l'oubli.
.

André Viard