LE NATUREL AU GALOP



Après San Sebastian, Dax et Bilbao, l'évolution de Ponce vers un toreo moins marginal, moins en ligne, moins profilé, moins superficiel et moins mensonger, semblait acquise. Mais chassez le naturel et il revient au galop.

Ce qui est le cas de le dire, tant le toreo de Ponce retrouva cette allure rapide et légère qu'il avait semblé abandonner. Pico levé, distance prise, patadita enclanchée et muleta en arrière, hier il nous a tout fait. Pourquoi n'a-t-il pas insisté dans cette veine nouvelle pour lui qui commençait à nous le faire apprécier ? Mystère. Et ce n'est pas faute d'adversaire de qualité, son premier s'étant laissé faire et son second ayant été le meilleur de cette triste corrida avec laquelle la ganaderia de Cuvillo a fait une présentation discrète à Bilbao.

Discrète aussi la prestation de Sébastien Castella que l'on a vu plus en forme et qui est passé à côté d'une sérieuse cornada quand son second adversaire, avisé depuis un moment, lui a mis le piton dans la taleguilla sans heureusement le blesser.

Sans triompher, Morante a laissé les meilleurs détails de la tarde, avec, notamment, un petit chef-d'oeuvre de lidia au second. Un toro monté par devant, brusque, prompt à décrocher des hachazos vers le haut et à qui Morante infligea une première correction par le haut précisément... avant de le doubler par le bas et de le réduire. Résultat, deux séries à gauche comportant des naturelles très pures, puis deux à droite dont certains derechazos profonds aussi. Le run-run des grands triomphes accompagna le torero jusqu'à mi-faena, puis, le toro déclinant, la faena perdit son rythme et le public se rassit.

Pour résumer : Ponce, malgré les effets spéciaux utilisés à profusion aurait pu couper une nouvelle oreille en tuant mieux (deux selon lui ainsi qu'il l'a déclaré en assurant lui-même le service après-vente). Le même Ponce a aussi déclaré, ce qui peut être un début de piste sur ses intentions pour la suite, que contrairement à d'autres arènes il souhaite annoncer à l'avance le jour où il toréera sa dernière corrida à Bilbao. Donc, il reviendra.

André Viard