CARRETERA Y MANTA

FERIA DE VITORIA


CHACUN SON OREILLE POUR LA CLÔTURE


Le Grand Jour est arrivé pour le novillero El Vitoriano : tout étant (enfin) en règle, il peut recevoir l’alternative et à partir d’aujourd’hui, il pourra inscrire sur sa carte de visite Matador de toros, et on devra l’appeler Maestro. Et il est gâté car Enrique Ponce, chef de lidia sera son parrain assisté du Cid devant des toros du Puerto de San Lorenzo. C’est une étape, certes importante de sa vie de torero, mais maintenant, d’autres chausse-trappes l’attendent au tournant et il va lui falloir confirmer tous les bons espoirs qu’on a placés en lui. Et les promesses faites ne se concrétiseront que s’il prouve, muleta et épée en mains, qu’il est à la hauteur des convictions de son entourage, car le mundillo n’étant pas un Bureau de Bienfaisance, loin de là, il peut en un tournemain, se transformer en miroir aux alouettes. Ainsi, pour ne pas rester sur le carreau, il faudra dès maintenant aligner les succès, c’est bien commencé avec une oreille aujourd’hui, car l’argent y règne en maître, et si l’on ne rapporte pas, on se retrouvera immanquablement écarté du circuit. On n’en n’est pas là, et pour la clôture des fêtes de la Vierge Blanche à Vitoria,
Jose Miguel Berbetoros El Vitoriano (marine et or), a eu la chance de tirer au sorteo le couple le moins lourd du lot. Mais Langosta son toro d’alternative sera vite à gommer car, à part les banderilles où il put briller un peu, il se révéla particulièrement fade, faible et sans relief. Sa noblesse luit permit de lui voler quelques naturelles profondes, ce d’autant, que, gaucher, il se sent très a l’aise sur ce coté. Trois pinchazos avant de conclure. Silence. A son second, il nous présenta un quite por navarras bien exécutées, et encore une belle série aux banderilles où sa particularité de gaucher fit que la paire en violin se posa sur le coté contraire des Padilla et consorts. Pendant la faena, Ponce joua à fond son rôle de parrain en le conseillant judicieusement du burladero. De belles séries de naturelles encore, mais là, le Puerto embiste, et, tuant aussi avec l’épée dans la main gauche, tout devrait être inversé. En fait, son estoc sera devant et contraire, mais l’oreille descendra du palco.
Enrique Ponce (bleu roi et or), a subi son premier, faible, chutant tous les trois pas. Il a eu la courtoisie d’aller le brinder à un infirme en voiture dans un groupe d’invalides sous des nuées d’acclamations. Chapeau, Monsieur Ponce. Quelques embestidas plus tard, il s’éteignait et le maestro de Chiva a terminé sa faena sous les vociférations extérieures des antis qui ne lésinaient pas sur les moyens sonores. Mais la police a du faire quelque chose puisque tout s’est subitement tu et on ne les entendit plus de l’après-midi. 2 pinchazos et une trasera tendida lui confirma le silence. Le quatrième burraco était faible comme les autres, mais il nous l’embobina comme il sait le faire sans trop rentrer dans son terrain. Il aurait tort de se gêner, la musique jouait, les ole sortaient de partout et il ne prenait strictement aucun risque en continuant comme cela depuis des années. Une demie, Lagartijera d’école, efficace, et l’oreille tomba, avec, incroyable public, une forte pétition de seconde. A noter la curieuse absence de Victoriano Valencia, son beau-père-apoderado pourtant toujours à ses côtés.
El Cid (bleu très clair et or) eut un premier voyageur qui fit pleins de tours avant d’en jouer un, mauvais, en allant chercher le picador de réserve. Il ne tournait pas à droite et était vivement protesté. Il lui expédia les affaires courantes avant de lui voler quelques naturelles, ca tombait bien, il est gaucher et le Puerto ne tournait qu’à gauche. Mais à force, il se retrouva devant le toril, ce que semblait apprécier ce negro de 605 Kg. Un bond au dessus du morillo, une entière fulminante. Oreille. Son second lui laissera plein de regrets. Bon toro, noble, le seul un peu brave bien que très peu piqué, poussait avec franchise sur le peto. Cinq belles séries dont trois de naturelles, une étant ponctuée d’un trincherazo précédant un vrai desplante, genou à terre qui souleva l’enthousiasme. Profitant à fond du piton gauche bien meilleur, il se dirigeait tout droit vers deux oreilles et donc une sortie par la grande porte. Patatrac, encore une fois il fut trahi par son épée ! Un pinchazo al encuentro alors que son toro n’était pas encore placé, jambe gauche en arrière, en suerte contraire, puis trois autres pinchazos avant de planter un grand coup d’estoc dans une suerte naturelle qui semblait évidente comme choix primitif. A quoi tient une Grande Porte ! Il ne voulait pas sortir saluer, furieux, et les planches rouge résonnent encore des coups de poings vengeurs que Manuel leur a offerts en guise de désénervement massif. Mais lui, n’ira pas présenter pour ne pas toréer demain comme vient de le faire un mannequin vedette, une « parte facultativa » (certificat donné par la faculté, mais en Français, il n’y a pas d’adjectif pour cela, il ne faut donc pas confondre avec le faux ami « facultatif », beaucoup le font. Universitaire serait mieux !
Cinq toros du fer du Puerto de san Lorenzo, et un de la Ventana. De 525 à 610 Kg, moyenne 567. Une demi arène. Temps clair, toit ouvert, une cigogne est passée. Enrique Ponce : silence et une oreille ; El Cid : une oreille et salut ; El Vitoriano (qui prenait l’alternative), silence et une oreille. Musique aux 1,2,4,5,6. Onze chutes en tout. 6 piques. Pas d’arrastre applaudis.
Denis Guermonprez.


imprimez cette page