LA LOGIQUE DU PIRE


En 12 corridas torées, José Tomas s'est fait prendre une demi douzaine de fois. Quelques volteretas sans gravité à Barcelone, Dax et San Sebastian, une blessure au visage à Malaga pour laquelle on a évité le pire, et une cornada enfin, façon de parler, tant il est vrai qu'on s'y attendait.

Que cette cornada ait eu pour théâtre l'arène de Linares où l'on célébrait la veille le soixantième anniversaire de la mort de Manolete - l'idole de José Tomas - sera sans doute l'occasion de nombreuses considérations philosophico-mystiques sur son destin tragique auxquelles le torero de Galapagar semble s'être résigné.

Elle est aussi surtout l'occasion de rappeler que lorsqu'il est réalisé avec autant de pureté, le toreo demeure une activité à haut risque, même si les progrès techniques réalisés par les toreros parviennent à mettre les plus conservateurs relativement à l'abri de ce genre de désagrément. Pas de nom, chacun les connait.

Ce qui ne doit pas être traduit par un quelconque mépris envers ceux qui ont la chance - ou l'habileté - de n'être que très rarement blessés, mais comme un rappel en forme d'avertissement : si José Tomas est à l'heure actuelle le seul torero capable de remplir toutes les arènes sur son seul nom, c'est parce que la pureté de son toreo s'accompagne d'une prise de risque qui donne au spectacle tauromachique tout son sens. Celui d'une fête tragique au cours de laquelle les deux protagonistes du combat s'affrontent à armes égales, impression que ne donnent pas toujours - et c'est un des points que les anti taurins dénoncent - les toreros davantage enclins à considérer l'art taurin comme une performance, mais au sens sportif du terme.

Pour l'anecdote, il convient de préciser que José Tomas a une fois de plus triomphé, restant en piste après avoir reçu cette cornada qualifiée de grave, demandant à ce que lui soit posé un garrot pour pouvoir aller au bout de sa faena et mettre à mort son toro, ne partant seul vers l'infirmerie qu'après que le public ait obtenu pour lui les deux oreilles recueillies par sa cuadrilla.

Lorsqu'un torero s'arrime, le pire est à chaque instant possible. Avec José Tomas la logique a été respectée.

André Viard