LE RETOUR DE JULIO APARICIO


Absent depuis de longues années du circuit des grandes ferias sans pour autant avoir jamais cessé de toréer, Julio Aparicio effectue cette saison un retour remarqué dans les arènes moyennes où tous ceux qui l'ont vu toréer mettent en avant sa grande personnalité, son indéniable talent artistique... et une ambition quelque peu inédite chez lui.

Il est encore trop tôt pour confirmer la bonne nouvelle - le voir revenir à son meilleur niveau et avec encore plus de métier en serait assurément une - mais les faits sont là : avec sept corridas toréées pour treize oreilles, le sévillano-madrilène fait preuve d'une régularité qu'il n'avait jamais effleuré à l'époque où il était la coqueluche de la plupart des grandes arènes.

L'âge, parfois, explique cela, mais aussi le temps de réflexion passé à remâcher peut-être celui des occasions enfuies, des muletazos trop nombreux restés dans les plis de la muleta, des triomphes grandioses auxquels il semblait promis.

Car s'il fut un trait de caractère qui caractérisa mieux qu'aucun autre le Julio Aparicio de la première époque, c'est son indéniable aptitude au caprice qui lui joua beaucoup de mauvais tours, l'empêchant sans doute, en enfant prodige et prodigue trop materné qu'il était, de prendre conscience de la chance qui lui était donnée.

En pareil cas, et malgré de solides protections impresariales que lui valaient tout à la fois son talent et son nom, Julio Aparicio dégringola dans les profondeurs de l'escalafon, continuant bon an mal an de toréer dans de tristes conditions, collectionnant les apoderados de fortune et naviguant à vue dans un mundillo où, avec davantage de constance, un royaume lui était promis.

Si l'on en croit ses déclarations, il aurait l'intention l'an prochain de tenter un retour à Madrid, plaza qui mieux qu'aucune autre sut le lancer. Acceptons-en l'augure au nom de la singularité de sa riche personnalité artistique, même si dans sa configuration actuelle l'escalafon ne semble pas très propice à un retour aisé.

André Viard