DEAMBULATIONS EN TERRES TAURINES
La chronique de Dionxu

BILBAO : LE CID, KID DE BILBAO, SORT A HOMBROS

Il y a comme ca des jours où nous prend l’envie de rester flâner après la corrida, discuter un peu de tel moment, partager son avis avec l’autre qui, évidemment est contraire au sien mais dans le fond, complémentaire, ces jours sont rares, ils sont marqués du sceau du bonheur conjugué à celui la peur passée, l’angoisse de l’attente, et surtout de la glorieuse incertitude, celle qui nous attire comme un aimant à cette place où, à six heures pétantes, résonne la première clarine qui ouvre le bal du paseo. Nous savions, -un pressentiment ?-, qu’il allait se passer quelque chose. La pression était palpable, les pythonisses allaient bon train, chacun y allait de son présage, les humeurs évoluaient au gré des visites aux corrales, la lecture de tel chroniqueur, les déclarations dans telle feuille de chou de Victorino en personne, ou de tel autre qui savait un secret qu’il ne fallait surtout pas divulguer, un mouvement brownien que les habitués détectent comme les prémices d’un grand jour. Mais le résultat est là : le Cid (turquoise et or) a ébloui tout le monde de sa classe, de sa sincérité, de son engagement, et sa sortie a hombros, fait rarissime à Vista Alegre donne raison a posteriori à un nombre impressionnant de personnes sur lesquelles évidemment les esprits bien pensants seraient tombés en cas de coup dur.

Bien sûr, on pourra ratiociner sur la valeur intrinsèque du lot, sur certaines piques, sur la variété du travail qui a été un peu une succession continue de droitières, de naturelles, de péchos, avec quelques variantes, mais les faenas ont certes, été un peu dans la même veine, sur l’attribution de la deuxième oreille au cinquième, alors que le même Matias les a refusées à Sébastien et Enrique l’année dernière dans des conditions que certains trouveront injustes, mais pour sortir a hombros à Bilbao il faut deux oreilles à un toro et la prestation globale du Cid valait, oui je dis bien valait, une telle décision. Bien sur, grâce à l’homme providentiel tout le monde est gagnant : Le Cid, un vrai Kid, qui a époustouflé le public car tout autre que lui ne se serait pas mis devant les dangers potentiels de ces entrepelados, il est rentré dans le terrain des cornus, il s’est croisé, il a templé, il a aguanté, il, il, il a presque tout fait !

Les autres gagnants, la feria d’abord car dans cinq ou dix ans on continuera à parler de ce fantastique exploit, Victorino Martin, qui a donné (là, c’est un peu exagéré, vendu serait plus crédible) un lot, certes pas exceptionnel, mais homogène, noble, de présentation classique et sérieuse, avec chose curieuse, un poids moyen beaucoup plus faible ( 531 Kg) que ce a quoi nous avons été habitués, avec les résultats déplorables d’ailleurs quand la balance s’envole vers le haut, Chopera pour son culot et son jeu à contre sens seul contre tous, qui lui a donné bigrement raison a posteriori (car là aussi, les bien-pensants s’amusaient à dire qu’il fallait réellement deux sobresalientes qui auraient du boulot…), Matias (il faut dire qu’il est une cible de choix et qu’il se fait tirer dessus à répétition) qui a récompensé en trois coups de cuiller à pots, et au moment opportun, le Sévillan qui d’ailleurs était en larmes sur l’estribo, la musique qui a enfin pu jouer quelques pasos, bref, tout le monde était à la fête et c’est tant mieux, car même le temps était de la partie. Au rayon des regrets, personne n’a pensé à faire donner un quite aux deux sobresalientes (David sanchez et Victor Manuel Blasquez, autant les joindre à la fête) qui sont sagement restés dans le callejon à attendre leur tour. Il a failli avoir lieu puisque à l’épée du quatrième, le Cid s’est empalé dans un volapié aérien sur un bout de banderille, et il avait un joli coquard à l’œil, il a même failli déclarer forfait à l’arrivée du cinq, mais heureusement, sa volonté l’a encore emporté après avoir consulté dans le callejon et on connaît la suite.

Cela fait un peu distribution des prix avec mention très bien et félicitations du jury à l’unanimité, mais l’exploit a été de taille, et le déroulement a suivi le fil des meilleures intrigues.

Les chiffres : une voltereta de laquelle il s’est remis illico, face au quatrième toro, en naturelle, en avançant et en grattant du terrain à celui qui l’avait envoyé en l’air, Chapeau ! Ce même toro qui l’a complètement coincé au capote contre les tablas ; il s’en sortit avec une classe inouïe en ramenant le fauve vers le centre, tout doucement en faisant planer sa cape, toujours ce même qui le châtiera à l’œil pendant la suerte de muerte ; en tout cinq pinchazos, quatre épées, deux descabellos, il n’y a quasiment pas de déchets. Sur les quatre épées, une qui fut demie efficace, deux très belles qui tuèrent et une exceptionnelle (la cinquième) qui fit vaciller les arènes qui se blanchirent en un instant, moments magiques qui sont souhaités une fois dans leur vie à tout aficionado. Chacun des milliers de présents aujourd’hui pourra dire la phrase pourtant creuse, mais il n’y en a pas d’autre compréhensible par tout le monde : « j’y étais et la tauromachie comme ca, c’est Beau, B Majuscule ».

A l’arrastre, petits sifflets au second, les quatre suivants applaudis avec une mention spéciale au cinquième cardeno, musique aux 1, 3, 4,5, brindis au public du 1 et du 5.

Temps voilé puis beau, 22°, plein à 85 % , les trous étant tout en haut des gradins, les tendidos du bas, pleins à craquer. Et moi, je n’ai plus envie de dire plus, j’ai envie de goûter tout simplement le bonheur retrouvé des grands moments de corridas, ceux qui sont si rares. Merci Monsieur Cid, merci. D’habitude, je disais, merci les toros. Tout évolue en terres taurines…

Manuel Jesus El Cid, Salut sous avis, salut, une oreille sous avis, une oreille, deux oreilles et salut sous avis. Sortie a hombros par la Grande Porte de Vista Alegre. Salut du banderillero Alcalareño au quatrième après une double séquence de pur classicisme en poder a poder, où la place s’est levée dans un tonnerre d’applaudissements. Denis Guermonprez "Dionxu"


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