DEAMBULATIONS EN TERRES TAURINES
La chronique de Dionxu

BILBAO : JUAN BAUTISTA ET GALLO COUPENT CHACUN UNE OREILLE

Le temps ne s’améliore pas, il fait froid, il pleut (18 °), la piste est gorgée d’eau, les maestros se déchaussent pour entrer en piste, le public est transi, ce d’autant qu’il n’a pas beaucoup d’occasions de se réchauffer le cœur car les bons moments ont été dispersés dans la tarde, alors que les mauvais se sont regroupés de manière dense. Mais le public répond présent malgré le intempéries : trois quarts d’arènes avaient trouvé preneur pour cette tarde venteuse.

Les Jandilla sont rentrés à sept en piste (moyenne 545 kg) puisque le cinquième a été renvoyé pour boiterie, trois fois de suite il s’était étendu de tout son long sur des chicuelinas de Juan Bautista. Mais en fait, on attendait mieux d’eux question comportement, car ils ont soufflé un chaud-froid à contresens, notre frottement de mains à l’apartado s’envolant au rayon des regrets, et y restant consigné et ne ressortant que tamponné « oreilles, 2 » c’est bigrement peu

El Juli (rose saumon et or) n’a pas eu de chance cette fois ci au sorteo, il a touché deux superbes éléments, qui ont peu transmis. Le premier jabonero, alerte mais trop brouillon, donnant des coups de tête et ne suivant pas le leurre : une estocade fulminante mais basse ne le fit que saluer alors qu’il avait pris le problème à bras le corps en recevant la charge initiale en larga de rodillas, ce qui est suffisamment rare pour le noter. Son noir second fut préservé à la pique, car il était très juste de force et gazapon, impossible à fixer, une demie en place à la course et il s’énervera au descabello sans prendre le temps de souffler. Silence.

Juan Bautista (gris souris et or) était très décidé en rentrant sur le sable noir. Belle suerte de pique avec le picador applaudi, un bon toro qui s’arrache cependant sur ses charges, il arrivera à le dominer et lui servir un bon travail de pico à droite et jettera l’épée pour proposer des bernardinas. Hélas l’entière fut tombée avec saignement, mais ne l’empêchera pas de couper une première oreille très pétitionnée. Le cinquième étant invalide, on lui substitua un colorado oscuro du même fer, qui tomba autant que son frère et fut très protesté. Mais Jean Baptiste fit contre mauvaise fortune bon cœur car il y avait comme second sobrero, un castaño né en octobre 2001, un vrai six ans….et toute sa loterie en paquet cadeau, ouf, pas sorti. Le sobrero se cassa le piton gauche et l’Arlésien s’en débarrassa d’un bajonazo. Quel dommage qu’il n’ait pas eu un deuxième adversaire à sa taille car il a la grande forme en ce moment, et le public le fera chaudement saluer, il a la cote ici, c’est certain et il s’est engagé avec sincérité.

Eduardo Gallo (rouge carmin et or) a eu un lot composé d’un toro très brouillon et un second qui fut le meilleur de la tarde. Sa cuadrilla est efficace car le banderillero Domingo Siro a salué suite à des poses très classiques qui ont eu comme dénominateur commun, un troisième temps envoûtant. Une fois posés les harpons, il retombait sur le sable et repartait au simple pas au nez du cornu, en le regardant de ¾ côté nonchalamment, la bête étant scotchée au sable par le coup de reins brutal que le maestro venait de lui administrer. Rien que ce temps d’ailleurs méritait ledit salut. Eduardo est encore jeune et fougueux de tempérament car il a pris avec ce premier des risques inconsidérés au regard de ce qu’il pouvait tirer comme bénéfice. Après une belle série de statuaires, une caida efficace le fit saluer. A son second, le dernier de la tarde, tout commença mal car ce lourd negro tombait tellement qu’il fut très protesté. La pique fut infâme, le toro se présentant comme on dit ici « infumable ». Encore un salut du banderillero, ange qui volait au dessus du berceau. Mais par un poignet magique, le jeune salmantin réussit à faire embister son Jandilla qui s’attacha au problème avec allégresse des deux cotés. Ce qui fut proposé fut propre, le public grognait, mais cette fois là pas de froid, le jeu se poursuivit jusqu’à l’extinction, qu’Eduardo n’arrive pas encore à interpréter sereinement, mais sur les conseils de son entourage, il prit l’épée avec rage et administra une belle en place, l’oreille tomba, et, curieusement, une très forte pétition de seconde fut dédaigneusement écartée par Matias, il est vrai qu’avec une séquence de pique de cet acabit, il est difficile d’être trop généreux et personne ne lui en voulut. Oreille donc importante dans la carrière du jeune torero qui est en pleine ascension depuis quelques temps, avec à Saint Sébastien aussi, une belle sortie pourtant non oreillée.

A remarquer à Vista Alegre, la ponctualité chronométrique des attributions d’avis, (il y a de nouvelles normes en Andalousie). Il y en a beaucoup, le président Matias, lui, ayant été hier en retard de deux minutes pour faire sonner le paseo du palco, ce qui constitue ici, un crime de lèse-majesté frappé de quelques quolibets sonore bien appuyés à son encontre.

El Juli salut et silence sous avis, Juan Bautista, une oreille et salut sous avis, Eduardo Gallo, salut sous avis et une oreille. Salut du banderillero Domingo Siro. Denis Guermonprez "Dionxu"


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