FERIA DE SAINT-GILLES


OREILLE POUR DENIS LORE

La corrida de Tardieu Frères, c'est à dire issue des vaches de souche Pouly, est sortie lourde et charpentée, elle a beaucoup exigé des toreros. Au moral il n'y eut rein d'excellent, le spectre allant du correct (le quatrième) au toro avisé et dangereux (le second) en passant par tous les autres états. Denis Loré silence et oreille. Julien Miletto, ovation et salut. Jérémi Banti, silence aux deux.

Le premier ne s'employa pas contre le groupe équestre, où il joua de la corne latéralement et verticalement. Il se défendit de la même manière dans la muleta. Après avoir essuyé un sévère avertissement à droite, Loré l'entrepris à la naturelle et assécha de ce coté, avec brio, la source de ses charges brusques et incertaines. Entière, descabello, et silence, alors qu'il y avait matière à une vuelta. Le lourd quatrième poussa sans enthousiasme, de biais, sous la première pique. Il s'employa avec plus de style sous le seconde. Muleta très en avant, Loré acheva de le convaincre de se livrer, puis lui imposa sa volonté tant à droite qu'à gauche. Sans se faire accrocher la muleta une seule fois, il lui servit une faena allègre et de qualité, parachevée d'un grand coup d'épée. Une oreille.

Le long second fit illusion au premier assaut, puis resta sur son quant à soi, lors des deux suivants. A pied, il confirma ses mauvaises dispositions en ne chargeant pas à gauche et en ne se déplaçant à droite que pour mieux couper la retraite à son matador. Miletto le lidia à l'ancienne et lui vola une demi douzaine de passes limpias. Pour s'être engagé avec force à l'estocade, il glissa et se retrouva à terre à la merci des cornes, heureusement sans mal. Le cinquième resta passif sous le fer. Il ne se livra pas, non plus, à la muleta, où il coupa ses trajectoires à mi passe, laissant Miletto sans option. Entière. Salut.

Par deux fois, le troisième vint volontiers au cheval, mais cessa de pousser dès qu'il ressenti la morsure du fer. La muleta ne le blessant pas, il ne répéta pas ce défaut dans la muleta. Il n'interrompit pas ses poussées dans le leurre et donna de vibrantes arancadas à Banti. Ce dernier sut les exploiter pour monter une faena, plaisante dans sa première partie et fastidieuse dans son final, où les mises en suerte et les coupes d'aciers se multiplièrent. Silence. Le dernier se fit crocheteur dans les leurres et confirma cette prédisposition dans le caparaçon. Banti se fit violence pour le forcer à répéter. Il montra beaucoup de bonne volonté mais aussi quelques lacunes dans la conduite des trajectoire; imprécisions tout à fait pardonnables chez un garçon qui à si peu toréé. Entière habile qui nécessita le recours au descabello, ce qui fut l'occasion d'une authentique déroute. Silence.
Frédéric Pascal

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