DEAMBULATIONS EN TERRES TAURINES
La chronique de Dionxu

SAN SEBASTIAN : DES VICTORINOS DURS NE CONCEDENT QU'UNE OREILLE

Et elle tomba dans l’escarcelle de Bolivar, le torero que l’on dit « maison » puisqu’il est apodéré par Victorino Junior. Mais manifestement, il n’a pas lui non plus, les clefs passe partout pour rentrer dans le monde inquiétant des cardenos, car il a fallu attendre les deux derniers éléments de la sizaine pour enfin voir un semblant de toreo, le reste ayant été un patchwork de sauve-qui-peut, de courses éperdues des toros et des cuadrillas, une jolie foire d’Ampoigne, sauf que là ; le danger était bien réel et il fallait une certaine dose de courage (ou d’inconscience diront certains) pour se planter face à de tels tueurs (moyenne 574 Kg) où chaque passe donnée était un exploit.

On ne pourra donc pas parler de séries, pour la première partie. Ca s’améliora heureusement..

Mais décidément, les Victorinos ne font plus recette car il aurait été impensable il n’y a que deux ans, d’imaginer une arène de première catégorie avec plus de places libres que de sièges occupés. C’est pourtant ce qui s’est passé aujourd’hui, et pourtant, la presse regorgeait d’articles indiquant que le lot apporté était exceptionnel en tous genres, et des qualificatifs comme parfaits , sublimes, extraordinaires, fleurissaient aux quatre coins des rubriques consacrés à la dernière journée de cette féria. Et bien le pétard était mouillé, car ce qui s’est déroulé devant nous ne méritait aucun superlatif, sauf peut etre ceux qu’il aurait fallu attribuer à la peur installée dans le ruedo du début (le premier negro entrepelado) au dernier (idem et en plus, meano et carifisco) qui envoya promener en l’air Bolivar très engagé dans sa suerte de muerte.

Les trois premiers donc firent passer des frissons dans la foule, (le premier, annoncé à 615 Kg ne les faisaient certainement pas et il y a du y avoir une coquille quelque part) collant à chaque passage, cherchant les pieds, s’arrêtant dans la charge et s’attaquant directement à l’homme, ne s’occupant pas du leurre, donnant un coup d’œil par ci par là à hauteur de ventre, ni de la course des péones, un banderillero en faisant d’ailleurs les frais mais finalement sans trop de dégâts, mais à chaque instant, il pouvait se passer un drame et le public siffla très copieusement ces toros qui ne transmettaient rien d’autre que de l’effroi, le troisième avec le pompon : il reculait une fois cité ! Fernando Cruz s’est joué la vie à l’épée du second dans un volapié qui aurait pu être dramatique, mais la pétition d’oreille était très insuffisante et se transforma en vuelta. Le cinquième fut très potable et fut enfin reçu à la cape, on n’avait pas vu une véronique de la tarde. Il se retournait plus vite qu’une crêpe, mais cherchait l’homme lui aussi. Fernando, après l’avoir bravement brindé au public, bien qu’il ait fait un sacré ménage dans la cavalerie, ne céda pas un pouce et le combat fut épique, il réussit à lui faire mettre le museau dans la toile. Mais il s’emberlificota dans les épées et perdit un possible trophée, et après avoir salué et essayé une vuelta vite interdite par un message sonore à son encontre, il pleurait sur l’estribo comme une madeleine, inconsolable. Mais il est vrai que le chico a eu du courage.

Lopez Chaves a reçu le pire lot, il essaya en gladiateur, d’abord de sauver sa peau, et ensuite d’utiliser sa cape, mission impossible, il fallait qu’il soit monté sur ressorts pour s’échapper du piège tendu par les fauves.

En dernier lieu, Bolivar essaya sur le sixième l’impossible et y réussit presque puisque le toro se mit à embister en milieu de faena, non sans avoir carambolé deux fois la cavalerie, la première dans une phase très dangereuse pour le picador qui dut laisser sa place à la réserve car ni lui ni sa monture ne pouvaient de nouveau faire face à Miguero. Il le cita de loin, réussit à lui soutirer quelques séries à droite surtout, la gauche étant encore plus dangereuse, et aussi, quelques enchaînements, on n’en n’avait pas vus de la journée. La séquence de l’épée fut épique, le Victorino envoyant Bolivar à plusieurs mètres d’un coup de tête une fois l’épée enfoncée jusqu’à la garde. Mais il se releva sans trop de bobos, la corne n’étant pas rentrée. Mais quelle voltereta impressionnante…Il lui fallut descabeller, et l’oreille tomba dans la joie que l’on imagine, celle qui fait suite à la panique, et il fut même rappelé au centre.

Mais en réfléchissant bien, il n’y a pas eu pléthore à se mettre sous la dent avec ces animaux très bizarres….A suivreleurs frères de sang à Bilbao avec le Cid qui combattra les six. S’ils sont tous comme les trois premiers d’ici, et qu’il s’en sort sans trop de dommages, il est bon pour le pèlerinage à sainte Anne d’Auray, avec dans la poche une réplique de sainte Rita, la patronne des causes désespérées, ou tout autre gri gri pour porter chance….Mais un autre Dieu des toros veille….

Lopez Chaves (rose saumon et or), sifflets et silence sous avis, ses deux toros sifflés. Fernando Cruz (jaune citron et or, parements noirs) vuelta et salut sous avis, toro ovationné. Luis Bolivar (beige clair et or), silence avec sifflets au toro, et une oreille, toro applaudi. Denis Guermonprez "Dionxu"


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