PICARESQUE TAURINE (QUE NO FALTE !)


Privé d'alternative pour n'avoir pas toréé comme le prévoit le règlement vingt-cinq novilladas piquées durant les deux temporadas précédentes, le novillero José Miguel Berbetoros "Vitoriano" et son apoderado avaient pourtant tout essayé...

La politique de l'autruche d'abord, en ne répondant pas aux demandes réitérées
de la Direction des Jeux et Spectacles qui souhaitait se voir remettre les justificatifs correspondants aux novilladas en question. Après moulte insistance, Mariano Jimenez, apoderado du torero, justifia 22 novilladas, dont la dernière à Lodosa la veille du jour prévu pour l'alternative.

Face à l'inquiétude grandissante de Vitauri, société organisatrice de la feria de Vitoria, Mariano Jimenez expliqua alors que la veille, le 3 août, le Vitoriano avait participé à trois novilladas dans l'après-midi et dans les mêmes arènes d'un pueblo de Toledo...

"Document" à l'appui, l'apoderado essaya alors de prouver que son torero avait bien effectué un premier paseo à quatre heures le 3 août, puis un second dans les mêmes arènes à six et un dernier à huit... Colère de l'empresa et de l'administration, puis décision sans appel le 4 à 14 heures : alternative suspendue faute de remplir les conditions règlementaires.

Si dans son malheur le Vitoriano peut se consoler en se disant qu'il a tout essayé, même au-delà du raisonnable, il regrettera sans doute cependant de ne pas porter un patronyme plus illustre. Chacun se souvient en effet que pour pouvoir débuter avec picadors sans avoir toréé la moindre novillada sans chevaux (le règlement stipule qu'il faut avoir participé à dix), Cayetano combattit coup sur coup, en semi privé et durant un même après-midi du côté de Miraflores, dix becerros après autant de paseos religieusement enregistrés grâce à des autorités complices.

Preuve réjouissante de la permanence dans le mundillo - et dans certaines administrations municipales - de cette délicieuse picaresque qui a beaucoup contribué à son côté romantique... que le centralisme bureaucratique d'une administration chaque jour plus pointilleuse empêche aujourd'hui de s'exprimer...


André Viard