VOYAGE EN TERRES TAURINES
Chronique de Denis Guermonprez-Dionxu


BILBAO : UNE DERNIERE OREILLE POUR LOPEZ CHAVES

 

Pour la dernière corrida du cycle, les Cebada Gago étaient opposés à un cartel que l’on a vu et revu ensemble cet été, Padilla et Encabo, qui s’échangent les banderilles aux deux premiers avec une mécanique qui a eu le temps de se huiler dans la saison, et Lopez Chaves qui est un peu la révélation de l’été dans les ferias du Nord, puisqu’il a réussi à chaque fois, à tirer son épingle du jeu, en n’obtenant pourtant pas la meilleure paire d’adversaires au sorteo.

Vista Alegre pour cette dernière, était remplie aux trois quarts, sous un petit soleil, mais enfin une bonne température.

On avait lu dans tous les journaux, la nouveauté de Juan Jose Padilla : il arborerait une tenue de lumière révolutionnaire, et comme toutes les campagnes orchestrées (rappelons nous le fameux toro de Victorino Martin qui a fait un flop magistral), le résultat est loin des effets espérés. Mais tout au moins on a pu voir cet accoutrement, et pendant ce temps, le bel Homme de Cadix (il y avait déjà eu la Belle), continuait à nous présenter une tauromachie approximative surtout fondée sur les effets de manche, mais il n’a jamais été question de rentrer dans le terrain du toro, pas plus que d’essayer de briller en se mettant un tant soit peu en danger : il convient pour lui de terminer la saison en roue libre, en préservant l’essentiel car il continue à ce jour d’être taquilero ( mais pour combien de temps encore ?).

Donc, l’accoutrement était une espèce de drapé rouge carmin, avec des passementeries noires qui devaient représenter des cercles enroulés sur un cylindre du plus bel effet ( dixit le couturier branché qui est l’auteur de ce chef d’œuvre de mauvais goût), le résultat étant en fait un squelette noir où les cotelettes sont bien présentes, qui se détachent sur un fond cramoisi d’alizarine qui a craqué d’ailleurs à la première flexion du gaditano, ossature laissant entrevoir au niveau du fessier gauche, la doublure blanche qui contre collait le consternant mélange. Ajoutons que la montera était aussi new look : portée par le maestro vu de face, on aurait dit Mickey tellement les oreilles noires ressemblent à s’y méprendre à celle de la souris de Walt Disney, mais juste une remarque, on est ici dans un des temples du toreo, pas dans un cirque de village.

Et pour la lumière, rideau, car rien ne brillait, drôle d’antinomie pour un « traje de luz ».

 

Comprenne qui pourra, c’est peut être la nouvelle mode qui permet d’occulter les vraies carences.

 

Voilà le côté vestimentaire, du côté toro, il n’y a rien, mais rien à dire qui ne l’ai déjà été, je vous renvoie donc à mes chroniques de l’été où il figurait au cartel, avec les mêmes fautes.

Pour mémoire, liste non exhaustive : perte de terrain en début de faena et il s’étonne de ne pouvoir toréer, droitières approximatives, naturelles inexistantes, utilisation excessive de la voix, banderilles en copié collé toujours les mêmes en finissant par l’inévitable violin piton gauche, etc etc…c’est lassant, à un tel point que beaucoup de français étaient déjà partis ce matin de Bilbao et ils n’ont d’ailleurs pas raté grand-chose.

Résumons, premier toro pas de faena à proprement parlé, une épée en place sur un toro fade et sans aucune envergure, deuxième toro, Padilla-le-rouge-et-le-noir est absent à la pique où le châtiment est à hauteur de son désintérêt, et sa faena se compose de trincheras jambes écartées, un peu comme dans les fêtes de village avec des débutants, qui voient un becerro pour la première fois. Il passe complètement à coté de ce toro applaudi fort à l’arrastre, des sifflets étant envoyés à son adresse, c’est vraiment le minimum dans la gradation de l’échelle des fâcheries de ce public vraiment sympa et connaisseur.

Luis Miguel Encabo fait bien son métier, il a reçu un premier qui ne pouvait pas le faire briller autrement qu’aux banderilles où il nous donna encore un récital dans le registre classique, ce qui n’est pas désagréable, ce toro sans envergure non plus  mais armé jusqu’aux dents, lui fit perdre son latin aux fers où il perdit pied avec trois pinchazos et une contraire qui valurent le silence. Son second, plus agressif et sauteur, le toucha dès la deuxième passe à la cape, sans aucune gravité, mais Luis Miguel était en moins de deux en haut des planches, rassurant en une seconde sa cuadrilla et le public d’un geste très expressif.

Mais le piton gauche de cet assassin en puissance sera religieusement contourné, et il trichera un peu avec Pañolito en s’avançant à corne passée pour éviter le danger des retournements brutaux  de ce colorado melocoton qui avait quand même une pêche d’enfer et laisser une oreille vacante dans ce combat relevait de la mission quasi impossible.

Puis ce cornu se coucha, il faut dire qu’il avait reçu une dose de pique conséquente qui fit son effet destructeur a posteriori. Encabo eut toutes les peines du monde à le relever, et sur cette bête inerte, il réussit la gageure de pincher quatre fois. Il se recoucha sans épée et fut alors puntillé, mais il avait déjà trépassé.

 

Seul Lopez Chavez nous a sorti de cette torpeur de fin de cycle, en nous enchantant au troisième, un cardeno qu’il reçut pour mettre les pendules à l’heure en trois largas cambiadas de rodillas passant au millimètre des 544 kilos du dénommé Minero.

 

Salut des banderilleros qui posèrent les trois paires de harpons à l’unisson.

 

Une faena lente, très engagée, la musique entrant à la deuxième série de naturelles profondes, mais le public exulta sur un extraordinaire enchaînement de quatre droitières templées au centre de l’arène, mufle dans la cape, œil rivé sur les chevilles du maestro, humiliant au maximum et terminées par un pécho qui ne fut que caresse supplémentaire sur son poil gris.

 

Vous me croirez si vous le voulez, mais on a entendu un bruissement de la toile sur son duvet, et un tout petit claquement de deux sabots qui s’entrechoquaient doucement, marquant ainsi la fin de la mesure magistrale de la passe qui mettait un terme à cette formidable série, et le public la salua d’une explosion de joie, de celles qui sont contenues et que l’on libère uniquement pour les grands moments de communion.

Le reste fut dans la foulée, une pasada presque efficace qui nécessita un descabello foudroyant autorisant l’oreille du travail bien accompli. Et le toro, applaudi à l’arrastre, restera le meilleur de la tarde, et le seul parti sans tous ses attributs.

 

Son deuxième, dernier de la feria, fut vivement protesté et n’était absolument pas en mesure de faire briller Chaves. Il cherchait les jambes comme un marcassin les glands déterrés par sa laie de mère. Il a du d’ailleurs en trouver dans le sable noir, car il faisait de manière intempestive quoique récurrente, des arrêts buffets dont il aurait pu se dispenser pour au moins rendre grâce à son maestro d’adversaire qui fut obligé d’expédier lui aussi les affaires courantes et clore cette féria par un pinchazo hondo qui ressemblait à s’y méprendre à une caida verticale.

On aura donc tout vu des épées ratées sauf un goletazo qui manque à la panoplie.

 

Deux descabellos au centre, rideau, à l’année prochaine peut être avec un autre président car les bruits de couloirs sont insistants et la junte veille : le discours à l’apartado du cher Matias -qui a plombé ici trois maestros dont notre Sébastien, d’une manière inique en favorisant d’autres, ce qui est assez contraire à l’éthique-, étant entendu d’une manière si désintéressée et peu attentive par la junte et les présents entourant le canotier de Cebada Gago, qu’il ne serait pas étonnant qu’on le voit l’année prochaine comme simple spectateur, mais vraisemblablement encore entouré de deux policiers eux aussi armés, mais avec d’autres arsenaux que les doubles dagues pointées au ciel, que l’on a vu défiler neuf fois ici, celles des toros de Bilbao, ceux qui font la réputation de cette arène qui est plus que jamais à l’inverse du président actuel, une première catégorie incontournable.


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