VOYAGE EN TERRES TAURINES
Chronique de Denis Guermonprez-Dionxu


FERIA DE GIJON
DEUX OREILLES POUR ENCABO, UNE POUR LIRIA ET ROBLEÑO

Un joli lot de Victorino Martin, dans le plus pur design de la marque, la deuxième partie permettant à chacun des trois maestros de tirer, avec plus ou moins de chance, leur épingle du jeu des cardenos proposés à ces habitués du label.

Mais disons le tout net, les oreilles distribuées cette après midi au Bibio de Gijon, l’on été avec une certaine générosité, mais pour tous dans les mêmes conditions : il n’y aura donc pas de jaloux.

Contingent homogène, brave et noble en général, pas un n’a ouvert la bouche une seule fois avant de se rendre, les meilleurs étant le 4 et le 5 qui ont brillé dans tous les registres.

 

Belle présentation sauf un petit bémol au premier qui avait quelques éclaboussures sur les deux pitons. Cheptel calme et qui a combattu sans répit avec fougue et noblesse.

Pas de chute, pas de défaut rédhibitoire, la pure lignée Victorino.

 

Pepin Liria a travaillé son premier essentiellement à droite, et un peu trop de profil ; arrivé aux naturelles, il fut linéaire avec un toreo un peu lointain et perdit toute chance de trophée aux armes, saluant au tiers.

Son second reçu longuement à la cape par d’amples véroniques, le serra tout au long de la faena. Sans trembler d’un poil, ni laisser le moindre moment de répit à son adversaire, il étudia un peu trop longtemps ses capacités à gauche, mais en étant perpétuellement dans le terrain du toro, ce que son adversaire n’appréciait que modérément, et il lui fit savoir par quelques avertissements qui firent passer dans le public quelques frissons d’inquiétude.

Son engagement généreux à l’épée pour une tendida un peu devant lui valut un accueil chaleureux du public qui agita majoritairement son étoffe blanche bien repassée pour l’occasion,  pour faire sortir celle du président : première oreille d’une série de quatre attributions dans la seconde mi-temps.

Un chaleureux rappel au centre remit un peu de baume au cœur de Pepin qui aurait peut être mérité mieux aujourd’hui.

 

Mais la bonté du président s’est focalisée sans conteste possible sur Luis Miguel Encabo à son deuxième, un très bon toro, certes, qu’il a surtout banderillé de main de maître, classiquement.

Or, sa faena a manqué singulièrement de profondeur pour valoir les deux oreilles. Il a enchaîné les séries comme on enfile les aiguilles, sauf que, pour réussir dans cette opération, il faut une certaine précision, du doigté, et de la mesure. Sinon, le fil est à côté.

Ce qui s’est pourtant réalisé dans la précipitation, on aurait dit qu’il avait un train à prendre, et il est passé superficiellement sur des qualités fortes de l’animal.

Mais, me direz-vous, il a été récompensé, que demander de plus ? Rien sinon, de l’homogénéité dans les décisions d’attributions, car, en comparaison, par exemple, Juan Bautista à Vitoria en aurait mérité trois, de ces petits appendices auditifs. Et il est sûr qu’à ce tarif, la prestation de Robleño au sixième méritait une oreille.

Mais tout ceci relève tout bonnement d’une attitude peu constructive que les présidents devraient bannir de leur attirail : le sinistre bagage de la compensation….

Et il est en effet difficile de comparer, à prix attribué égal, le travail de Pepin et celui de Fernando pour leur adversaire respectif qui fut couronné du même tarif : élogieux pour l’un, charitable pour l’autre.

Revenons donc à nos moutons, cette épée tendue et trasera suivie d’un descabello un peu chanceux valait-elle à elles seules la sortie à hombros de Luis Miguel? La réponse est dans la question. Juste un rappel, son premier toro, bien carré, bien au centre, très hautain dans son comportement, a reçu une faena sans aucune inspiration, comme elle venait, sur un adversaire sans trop de force, - il est vrai, mais suffisamment pour lui donner du fil à retordre - à qui il a infligé un bajonazo par les périphériques. On lui demanda pourtant de venir saluer au sortir du burladero.

Rejoignons donc Fernando Robleño à son premier adversaire, qui, dès la sortie du toril à voulu y revenir, mais, cité de loin, fonça sur tout ce qui manifestait le moindre mouvement. Compliqué bilatéral (cela fait un peu bulletin de santé d’hôpital),  il présentait un réel danger et a baladé Fernando de tous côtés du ruedo qui l’a pourtant affronté avec vaillance, persévérance,  et sans rompre un seul instant, ce qui n’a pas été une mince affaire.

 

Manifestement, à droite il cherchait les pieds, et à gauche, il semait la terreur à mi hauteur. Attentif au moindre signe, et le surveillant comme le lait sur le feu, le maestro se sortit de ce guêpier qui l’aurait tout aussi bien conduit sur la table d’opération, et il faut lui reconnaître un certain courage sans récompense morale ni trophée, c’est en effet difficile avec cinq pinches, et une demie tendue pour clore le combat âpre sous un avis et ayant fait depuis le premier essai, un demi tour de piste accroché à l’œil du fauve !

 

Un évident silence n’a pas été la médaille du réel combat. Peut être est ce aussi dans un soucis de compensation, comme nous en avons parlé un peu plus haut, que le président lui octroya la décoration du sixième, car il n’avait pourtant ni connecté avec le public, ni avec la bête à qui il fit passer quelques slaloms loin des piquets, un peu dans le style des années soixante, vous savez, quand les skieurs étaient à quatre vingt centimètres des piquets en bois, alors que maintenant ils sont à bout touchants sur des parcours en plastique oscillant comme des métronomes, si serrés les uns des autres qu’ils doivent même se protéger le visage.

Pareil pour les cornus, sauf que les pieux sont des pitons. Certains en sont très près, d’autres virent large……

 

Et pour passer la ligne d’arrivée, Fernando a infligé un bajonazo dans l’épaule, avec un derrame qui, partout aurait justifié un silence poli. Ici, l’oreille comme certains talons, compensés !

Et qu’est ce qu’on dit au gentil président ?

Merci et à deux mains, celles qui ont applaudi sa décision molle.


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