VOYAGE EN TERRES TAURINES
Chronique de Denis Guermonprez-Dionxu


VITORIA MARDI : BEAUX CHÂSSIS, PAS DE MOTEUR

On attendait beaucoup de cette corrida des Partidos de Resina, dont les initiales bien évidemment sont les mêmes que Pablo Romero puisque c’en est la nouvelle dénomination. Première sortie des toros sous ce fer cette année, juste une novillada ayant eu lieu au printemps. Mais ils sont Partidos avant d'arriver aujourd'hui....

Il y a eu en fait plus d’avis que d’oreilles, car les quatorze qui ont été présentées cette après midi sont ressorties soudées sur la tête de leur propriétaires, mais pas une dans l’escarcelle des maestros : l’alguazil n’aura, lui, au moins pas à se laver les mains après découpe.

 

Ce n’est pas le tout d’avoir une belle carrosserie, encore faut il que le moteur adapté soit de la même catégorie, et là, les petits gris ont pêché car il y a eu plein de ratés dans la carburation.

Mais détrompez vous, les petits gris sont une race d’escargots, ceux que l’on a vus tout à l’heure avaient de l’escargot uniquement  la forme montante vers le ciel des défenses.

On pourrait épiloguer, mais disons le tout net, nous sommes déçus et cette corrida a été d’une faiblesse extrême, faut il de l’aficion pour venir voir des maestros s’escrimer sur des animaux ressemblant plus à des bœufs gras coté mécanique, qu’aux bijoux que l’on a connu de cette ganaderia il y a quelques années.

Mais, comme pour certains hommes politiques qui semblent cuits, nous utiliserons la formule très vaporeuse « nous leur garderons notre confiance »….

 

Le premier à sortir, un peu boiteux certes, mais vif, fut châtié durement par Juan Jose Padilla lui-même, et son péon par des trinchéras tellement serrées qu’il y laissa quelques ligaments : il nous a écrit les prolégomènes d’un livre taurin qui aura un certain succès s’il continue dans cette voie. « Comment casser un toro » en cinq chapitres.

 

Résultat immédiat : mouchoir vert, et rentrera un colosse noir de 680 kg avec lequel le maestro ne brillera pas, ni à la cape, ni à la muleta, encore moins à l’épée. Les banderilles me dire-vous ? Les trois sur la même corne, la droite, et cet autobus joua à l’omnibus en se vautrant à quelques arrêts culbutés sur le sable. Une caida pour en finir, le cyclone n’arrive pas à tuer en ce moment avec un poignet qui serait mieux en écharpe qu’à tenir de l’acier trop lourd pour sa « mouniéquette », et cela fait deux mois que cela dure…Vivement pour lui la fin de cette temporada, et pour nous aussi à qui on nous le ressert jusqu’à indigestion. N’abusons pas des bonnes choses. Merci JJP, il serait temps de s’occuper du repos de l’attache pour repartir de plus belle la saison prochaine .

 

Son second était un toro qui pouvait donner le change, bien qu’ayant une certaine propension à tomber sur ses genoux, et à se retourner vite à gauche. Un avis sanctionnera une série de pinchazos où il grimacera de douleur, ne pouvant donner toute sa force à ce moment crucial. Il conclura d’un bajonazo dans l’épaule, et un descabello. Silence et silence après avis.

 

Antonio Barrera a eu le plus mauvais lot, et n’a rien pu faire que d’être un peu inquiet avec son premier où il n’a rien construit, en toréant avec une perche.

3 piqûres, une épée anodine, et deux croisettes, quelques sifflets avant le silence.

Son second a effectué trois tours de piste à fond avant de remarquer la présence du maestro, peut être aveuglé par les bouts de cornes en glace à l’italienne. Mais il s’effondra aussi comme les enfants sur ses genoux et cela marquait en creux cette articulation sanguinolente.

 

Antonio ne rechigna pourtant pas à lui montrer de quel bois il se chauffait, et le chemin de la corne extérieure s’entrouvrit quelques instants, mais las, la routine reprit son cours.

Un avis, deux pinches, trois épées, cinq descabellos, il n’y avait rien à faire avec cette bête compliquée quoique sans danger réel.

Lui aussi donc, deux silences, le second avisé.

 

Les trois premiers Partidos ont eu le même réflexe dans la première partie de leur combat : ils prenaient le vent, arrêtés carrés, l’ensemble avec une allure magnifique qui contrastait avec ce qu’ils nous présentaient lors des courses. Mais hélas, nous ne sommes pas venus voir des machines stoppées, mais des toros combattre en mouvement, dans cette fameuse charge que l’on pourrait représenter par une courbe en cloche, et là , ils nous ont servi côté émotion, un électroencéphalogramme plat.

 

Il n’y avait donc pas à attendre des miracles du premier gazapon de Fernando Cruz qui a appliqué les consignes syndicales de temps passé au ruedo, en agrémentant son séjour de coups de tête au milieu du passage dans la muleta ( on ne peut pas décemment parler de charge, ni de décharge).

Sa lame à peine engagée, il laissera tout en place, muleta, sabre, tout juste s’il ne s’est pas déchaussé pour courir plus vite aux planches en se débarrassant de la consigne, pendant que le fauve, lui, ira doucement chercher son apaisement du côté du toril, permettant au maestro d’entendre l’avis classique qui précède les sanctions autres que le silence infligé. Tiens, ce fut d’ailleurs le cas.

Le sixième était un toro qui a donné plein d’espoir à tout le monde, sauf aux chirurgiens qui ont bien failli aller s’habiller de blanc  en vitesse car, Fernando a fait une voltereta qui aurait tout aussi bien pu se terminer sur leur table dans les vapeurs d’éther et autres produits anesthésiants.

 

Le danger, réel, s’est heureusement estompé, mais ce cardeno avait envoyé distinctement deux coups de semonce que le jeune maestro n’a pas déchiffré à temps.

 

Côté épée, le trac bien normal, - et lui aussi, bien présent -, le fit dévier de la trajectoire idéale pour donner une atrasera  qui hizo guardia, à un tel point, qu’il se libéra de son descabello pour reprendre le sabre. Pour deux doublettes de pinches et de croisettes sous avis. Et encore ce silence, apaisant.

Si on compte bien encore six quiétudes du public , pour quatre avis avec des toros sans piquant, décastés, mais où est donc le mythe ?

 

Bien caché assurément, en ce moment.


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