VOYAGE EN TERRES TAURINES
Chronique de Denis Guermonprez-Dionxu


NOUVELLE ERE VITORIENNE

Et espérons que ça ne sera pas les chutes Vitoriennes…

Merci, on a donné ces derniers temps, et il y a eu assez de polémiques : on se recentre -

Bon, ça y est, Célédon est descendu sur son fil, a traversé la foule pour remonter toute la place encombrée, est réapparu comme par enchantement avec son parapluie au palco de la cathédrale, et toute la ville peut donc maintenant arborer son foulard de fête de la Virgen Blanca.

Ensuite, c’est un peu la fête païenne, mais avec des défilés de géants comme à Pampelune, et surtout, demain est le jour des « blusas y neskas », où chacun et chacune est avec l’uniforme basque d’Alava, en blouse , en jupes. Ca ne sert à rien de rentrer dans les détails, mais tout ceci pour vous dire qu’au travers de tout cela, le toro va être roi, évidemment, car comment imaginer une féria sans nos chers compagnons.

Le défilé commencera à la sortie des arènes et c’est une cérémonie unique, mêlant toute la foule, amateurs ou non de toros, et tout ce petit monde va avancer à pas de loups, plutôt comme des escargots, à travers la ville, mettant trois bonnes heures pour effectuer les cinq cents mètres de rigueur les séparant de la grande place où il doivent théoriquement se disloquer. Mais ils l’ont été avant, car les verres vont bon train, et il fait soif souvent !

Et toutes les fanfares devront se mettre en branle à la queue leu leu, immanquablement précédées du camion citerne de chaque banda ( oui oui ) pour abreuver les musiciens, et ce n’est pas rien, je vous l’assure, un camion balai fermant le ban.

A voir, c’est unique ! En fin de parcours, sous des trombes d’eau envoyées à leur demande par les gens des immeubles qui les surplombent, imperturbables, ils jouent la même ritournelle bon enfant avec quelques fausses notes que personne ne remarque tellement la fête est belle.

Et puis il y a eu les premiers toros, alors !

Mais, aujourd’hui, à midi a eu lieu l’inauguration en grand pompes de la nouvelle place.

C’est vraiment une belle construction, elle a été confiée à un jeune architecte qui a pourtant déjà de la bouteille puisqu’il a été partie prenante dans Illumbe à Donostia-San Sebastian, a construit seul celles de Logrono, et quelques autres encore.

Bon, le béton est juste sec, et une nouvelle couche de sable a été mise ce matin, sur le pourtour.

Mais vous me connaissez, je suis allé mettre mon nez un peu plus près et voir ce qu’il en était vraiment.

Avec l’index en guise de gouge, j’ai sondé un peu partout. Au plus juste, deux centimètres, au plus haut, trois ! En dessous, cailloux tassés on dirait du béton.

L’ennui, c’est que là où il y a le moins de sable, c’est à trente degrés à droite ( les matheux diraient dans le sens horaire, ou le sens indirect) de l’axe Puerta Grande- palco de présidence…

Tiens, tiens, c’est justement dans ce secteur angulaire qu’il y a le premier picador.

Souhaitons que d’ici demain, ils en aient remis une couche ! Je n’ai pas pu sonder le centre, car il t avait encore un énorme tas de sable, avec les engins de chantier pour aplanir. Le ruedo est encore un peu meuble et j’ai, en bon golfeur qui applique l’étiquette et remet ses divots, égalisé autour des petits trous que j’avais faits.

Attendons demain, nous verrons bien à la première charge : ce ne sont pas des bonbons, ce sont des pensionnaires de chez Ana Romero, et ils sont au corral, lui , que l’on n’a pas pu visiter, toutes les portes étaient cadenassées et on voyait, sur un escalier de fer à claire voie, un employé qui y déambulait, en faisant semblant de ne pas entendre mes appels…

Pas vu non plus les chiqueros, et il n’y a, aux dernières nouvelles, ni apartado public, ni pour la presse. Le sorteo se fera bien évidemment, sur place, mais entre les gens du premier cercle, donc pas pour les vulgum pecus que nous sommes.

Bon, dont acte, mais pour ceux qui sont déjà allé faire un tour à Vista Alegre-Bilbao, ils seront déçus, car là bas, c’est une cérémonie en grande pompe et tout y est d’ailleurs si bien organisé que, si vous voulez y assister, sachant qu’il y a moins de cinquante places décernées sans passe-droit que quelque sorte, et pas une de plus, il vous faut commencer la queue vers 8 heures du matin.

Donc, jusqu’à nouvel ordre, aucun apartado a Vitoria.

Dommage, c’est non seulement , comme à Santander, l’occasion d’y retrouver tous les professionnels du jour, la junte administrative, l’empresa, les ganaderos et leurs représentants, les confrères(sœurs) et ami(e)s mais c’est aussi une communion dans laquelle on peut se faire une idée rapide, un rêve fugace, sur ce que sera le comportement de l’animal de lidia le soir même, et, petit à petit, se forger une conviction empirique dans un modèle propre à son intuition, et, ma foi, nous faire passer à côté de ces moments privilégiés dans la science taurine, est non seulement un acte de dénégation envers le public et ceux qui les représentent, mais encore, l’oubli d’une pierre importante dans l’ensemble de ce qui constitue l’aficion au sens éthymologique du terme: celui qui veut se faire un œil juste dans cet art ne peut se permettre d’occulter ces beaux moments de mise dans les chiqueros sombres.

Ceci dit, les mules sont là, quelques chevaux aussi, bien au large.

La chapelle a été bénie, il y a même une Castafiore, me voyant prendre quelques notes, qui m’a proposé d’assister à la consécration vocale qu’elle voulait offrir à ce lieu de recueillement. Mais là, c’est mon oreille avisée qui m’a suggéré de dire que j’avais un rôti sur le feu, car, en entendant sa tessiture dans son langage parlé un peu éraillé, j’ai extrapolé ce récitatif à l’air du miroir de Faust, et j’ai préféré la fuite immédiate et sans conditions.

Renseignement pris, j’ai bien fait de plier les gaules, car celui qui est tombé cinq minutes plus tard dans le piège à ma place, doit encore en avoir les oreilles gercées, car la Lucia Popp de service pour le grand air de la reine de la Nuit, a, parait-il, fait tourner toutes les hosties mises là en attendant leur consommation future, surtout par son vibrato gloussant.

Comme quoi les lieux taurins sont quelquefois remplis de pièges bizarres et bien cachés avant que le toro ne sorte.

Amen.

Et Merci Vierge Blanche d’avoir veillé sur moi, un peu avant l’heure de Célédon.


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