BILAN MITIGE


Que restera-t-il des ferias d'août quand la passion se sera estompée ? Quelques émotions fortes, des enseignements précieux et un certain nombre d'inquiétudes.

Au rayon des émotions, la corrida d'Escolar Gil lidiée à Dax comptera sans doute parmi les plus fortes si ce n'est au nombre des plus raffinées. C'est à une corrida "vicoise" que le public dacquois a assisté, et le moindre des paradoxe n'est pas de voir le valeureux Meca damer le pion à toutes les figuras engagées face à des toritos triés sur le volet.

Au rayon des émotions aussi, celles malheureusement non soldées par autant de triomphes, offertes par Salvador Vega et Rincon, auteurs tous deux de faena que les carences à l'épée ont privé de trophées. Une carence relevée ces jours derniers chez de nombreux toreros.

Au rayon des enseignements, le plus important est que le public a rempli les arènes et que Bayonne et Dax ont remarquablement résisté à la concurrence de San Sebastian où l'on commence à se faire du souci devant la perte d'affluence par rapport à l'année passée. Une confirmation aussi : le public des arènes en Aquitaine n'a jamais été aussi majoritairement charmant, prédisposé à accompagner le triomphe des toreros comme les sorties a hombros de César Jimenez à Dax et Castella à Bayonne le montrent.

Moins agréable, la réaction injuste et choquante du public bitterois vis-à-vis des toreros opposés à la mauvaise corrida de Palha : quand le respect se perd vis-à-vis des hommes qui jouent leur vie en piste, il est du devoir de tous ceux qui jouent un rôle plus ou moins important de réfléchir à son éducation à grande échelle. Clubs taurins, empresas, journalistes spécialisés ou pas et professionnels de tous ordres, même combat.

Au niveau des inquiétudes, comment ne pas déplorer la méforme de quelques piliers espérés de la temporada : s'il fut bien à Béziers, Ponce a de nouveau marqué le pas à Dax après avoir subi autant de revers à Gijon et San Sebastian les jours précédents. Plus inquiétant parce que moins prévisible, le Cid n'est que l'ombre du conquérant qu'il fut. Inquiétant aussi la perte de sitio ou de motivation de Conde qui a laissé passer deux toros très potables de Montalvo à Bayonne.

Plus inquiétant encore car nous touchons là aux fondements même du spectacle, le manque de force, voire de race, de nombreux lots lidiés. Pour couper court à l'argument qui voudrait que ces carences soient dues à la langue bleue et à la venue en France d'élevages de moidre qualité, j'ai vu lidier cette semaine à Gijon deux lots de Juan Pedro Domecq et de Torrestrella remarquablement fins et typés mais complètement amorphes.

La conclusion s'impose : nous vivons probablement une époque charnière de la tauromachie. Confrontés à plus de problèmes qu'il ne leur en fut jamais posés, comment les ganaderos réagiront-ils ? À l'heure où les complications liées à la langue bleue perturbent la temporada espagnole et risquent de ruiner certains d'entre eux, auront-ils le courage et l'envie de se remettre en question au niveau de la caste ? Là est pourtant l'unique solution pour revitaliser un spectacle qui ne tolère pas la médiocrité et que trop de compromissions mal récompensées de la part des toreros tirent vers le bas sans que grand monde ne semble se soucier de l'avenir qui nous attend.

Et faute de voir émerger trois quatre "julis", c'est bien du côté du toro qu'il faut se tourner afin qu'une fois de plus le balancier de l'histoire oscille dans le bon sens.

André Viard